J’ai apprécié le dernier Yorgos Lanthimos, nettement plus accessible et toutefois déroutant. J’en étais resté à «Canine ». «La Favorite », ce sont ces grands angles qui permettent d’étirer le cadre, de réunir tous les éléments qui composent le cadre : décors, accessoires et personnages compris. Peut-être en a-t-il abusé et certains plans ne se justifiaient pas toujours, mais cela ne m’a pas embarrassé, un exercice de style assez déroutant. Puis, c’est la musique et celle de Luc Ferrari avec « Didascalies », là aussi déroutante, plaquée habilement sur des scènes pesantes. Puis la férocité des dialogues. Enfin, ce sont des personnages bien trempés, incarnés par de grandes actrices qui ont su les mettre en valeur. Des personnages déroutants. « La favorite », c’est l’art d’intriguer, de manipuler pour le pouvoir, pour sa cause personnelle sans état d’âme. Moi-même, j’ai été manipulé par Abigail (déroutante Emma Stone). Une femme issue de la noblesse, mariée jeune, instruite, déchue et réduite à jouer les domestiques dans le palais de la Reine Anne (Etonnante Olivia Colman). Sa cousine Lady Sarah (Impeccable Rachel Weisz) semble mener les affaires de l’Etat ; elle n’épargne ni la Reine ni sa cousine. Puis peu à peu la tendance s’inverse, Abigail que je croyais nourrie d’humilité pour avoir vécu la condition des petites gens révèle l’exécrable mentalité qui échoit à la noblesse. Le naturel revient au galop. Elle n’épargnera ni sa cousine ni sa Reine ! F comme Favorite, comme Femelles et Fauves. A voir en V.O pour savourer l’interprétation d’Olivia Colman et celle plus discrète de Nicholas Hoult (Lord Harley).