De beaux costumes et décors, des performances d'actrices marquantes, mais que dire du reste... Difficile de ressortir enthousiaste d'un tel film. Le premier problème conséquent que j’observe, c’est le saut vers l’inconnu que Yórgos Lánthimos nous oblige à faire. En effet, on ne sait pas vraiment à quoi on a affaire en début de film et même si l’on comprend les enjeux entre cette reine déboussolée et ses deux confidentes, on a du mal à s’y intéresser. L’intrigue évolue assez lentement et même à la fin on se sait plus trop où on en est. Pourtant, quelques moments de tensions sont bien présents (mention spéciale aux scènes de souffrance de la reine où la musique est assez mémorable et pénible pour le spectateur, notamment avec l’archet qui frotte légèrement les cordes d’un violon…) et les acteurs parviennent à nous plonger dans cet univers macabre. C’est aussi une belle satire de la royauté, dans toute sa splendeur excessive. La réalisation est particulièrement bluffante avec des scènes filmées au grand angle dans d’étroits lieux, ce qui renforce le sentiment d’oppression. J’aurais aimé ne pas bouder ce film mais malheureusement, à force d’y réfléchir, je le trouve particulièrement creux et long. Cette idée selon laquelle une ancienne de l’aristocratie devenue bonne va se tirer la bourre avec la première confidente de la reine pour s’en attirer les faveurs, c’est intriguant sur le papier. Malheureusement le scénario est des plus téléphonés. Il faudra bien que cette ex-aristocrate replonge dans les abus de la royauté qu’elle a connue auparavant et qu’elle en profite pour prendre la place de Lady Sarah en quelques jours… Formidable peste que nous joue là Emma Stone. Mais la petite gentille qui devient méchante et la méchante qui n’était finalement pas si vilaine, sans vouloir vulgariser le travail de Lánthimos, on nous a déjà fait le coup. D’un point de vue historique, je trouve que les faits relatés autour de l’existence de la reine Anne sont assez dérisoires, et une adaptation sur grand écran n’apportera pas grand-chose en plus. En soi, je ne reproche pas au film d'être ce qu'il est (le sujet est d'ailleurs retranscrit et traité comme il faut), mais plutôt d'avoir fait le choix de s'arrêter sur une page de l'histoire de la royauté anglaise pour le moins insignifiante. Pour faire simple, on n'a que faire des sauts d'humeur de cette reine et de sa soi-disant favorite. Et même si le film est bien réalisé, le reste ne peut être sauvé !