Dit : Stop It !
La dystopie est un genre narratif qui démontre les conséquences néfastes d'une idéologie en créant un monde de contre-utopie. Ce genre envahit les librairies et les écrans depuis le phénomène "Harry Potter". C'est même très précisément avec un visage de la jeunesse que cette mode perdure. Au départ toujours un ado parmi les autres qui se retrouve par sa bravoure symbole d'une révolte montante. Sans savoir ce qu'il en est du livre, ce premier tome me semble ouvrir une saga avant tout opportuniste de l'effet de mode.
L'histoire originale parait tout de même déjà très clairement inspirée par la franchise de Suzanne Collins, "Hunger Games". L'adaptation cinéma en tout cas en est carrément un pompage flagrant. La similitude va jusqu'aux effets de mise en scène. Comme les détails des symboles des factions ou le jeu avec les écrans et les miroirs. Sans parler de la construction narrative alternant phases de questionnement existentiels et grands jeux de survie. Avec les mêmes rituels qu'au pays de la "fille du feu". Dans l'écriture du scénario, comme sa réalisation, Béatrice (Tris) tient la même place signifiante que Katniss Everdeen. Le parcours de Shailene Woodley n'est pas sans faire penser à celui de Jennifer Lawrence. Même si la jeune actrice révélée par Alexander Payne (The Descendants) ne trouve pas ici le moyen de pleinement confirmer ses promesses. Non pas qu'elle soit mauvaise, mais "Divergente" est bien moins riche que "Hunger Games" dans le scénario. Difficile donc de vraiment nourrir son jeu.
Cela dit le postulat de départ soulève quelques évidences presque intéressantes. Le culte de la famille est assez envahissant dans les récits qui sont offerts aujourd'hui. Au début, "Divergente" semble faire un pied de nez à cela. Deux enfants qui quittent le foyer par choix et surtout un père qui a maltraité son enfant. Et finalement c'est tout le contraire qui est défendu. Les familles séparées se rassemblent, même le père tyran et son enfant révolté. Ce sujet brûlant n'est déplorablement qu’effleuré et ne sert jamais le récit. C'est symboliquement très déroutant de les voir se battre l'un à côté l'autre, apparemment sans mots-dire, maudire ni maux-dire. La devise répétée, « la fraction avant le sang », est dans sa forme glaçante mais sensée dans le fond. Il n'est pas une évidence que les liens du sang ne soient ni indéfectibles ni vitaux. Ils sont généralement le fondement de notre être et l'éducation parentale laisse une répercussion souvent marquante en nous. Mais il y a une singularité dans chaque histoires de famille. Et le personnage de Kate Winslet n'a pas complètement tord en mettant en garde la jeune Béatrice contre la possibilité d'une trahison au plus proche de soi. Le vécu du personnage appelé "Quatre" en est même un argument fort sur le papier. C'est toute l’ambiguïté du propos de "Divergente".
Presque convaincant mais inabouti dans la construction de l'idéologie de départ, ensuite détruite. Et extrêmement niais et mielleux dans le choix de contre-pied. L'inévitable histoire d'amour est pathétique. Quoiqu'elle décroche un peu de tendresse sur la scène du tout dernier test avec la grande simulation. Puis le coup de la main qui rassure et soutient est sympa, mais vu des millions voix. Sur vraiment tout les points, ou presque, "Divergente" est d'une banalité consternante.
Certaines choses dans ce film valent tout de même un peu d'attention. Beaucoup de charisme chez Tony Goldwyn (Scandal) et Ray Stevenson (Isaak Sirko dans Dexter). Pas mal de charme en Maggie Q et Zoë Kravitz. L'imagerie, bien que courante, est assez entraînante (les drapeaux, les décors...). La musique l'est souvent encore plus, surtout quand il s'agit du génial Woodkid avec "Run Boy Run" entre autres. Shailene Woodley est malgré tout d'une fraîcheur admirable et Kate Winslet campe à merveille un des seuls personnages intéressant de l'aventure, mais trop en retrait. La mise en place du système de classification est assez bien foutue. Le fonctionnement est présenté de tel sorte qu'on adhère plutôt. Alors qu'il s'agit bien d'une forme de dictature. C'est d'ailleurs en cela que le rôle de Kate Winslet est intéressant. Elle joue très justement la candeur et la bienveillance rassurantes destinées à détourner l'attention des méthodes douteuses du régime.
Comme bien des choses dans ce scénario, Jeanine Matthews est un rôle qui semble bien riche mais dont on n’aperçoit que les contours. Plein de bonnes choses sont esquissées, mais rien n'est finalement creusé. Comme le décor de Chicago, de grandes tours imposantes mais vides et instables.
Film d'anticipation hyper habituel qui ne trouve aucune réelle unicité au sein de ce flot d'histoire d'aventures héroïques pour jeunes adultes (ou ados). En s'inspirant de précédentes réussites, "Divergente"distrait complètement mais pêche lourdement sur les fonds du propos.