Adolescence sur Netflix : pourquoi l'épisode 3 est le meilleur et le plus fort
Emilie Semiramoth
Emilie Semiramoth
Cheffe du pôle streaming, elle a été biberonnée aux séries et au cinéma d'auteur. Elle ne cache pas son penchant pour la pop culture dans toutes ses excentricités. De la bromance entre Spock et Kirk dans Star Trek aux désillusions de Mulholland Drive de Lynch, elle ignore les frontières des genres.

Dans son troisième épisode, "Adolescence" atteint des sommets d’intensité. Un face-à-face glaçant entre un adolescent meurtrier et une psychologue nous laisse bouche bée.

Attention, spoilers ! Cet article revient en détails sur l'intrigue de la série Adolescence. Si vous ne l'avez pas encore vue et ne souhaitez pas en connaître la teneur, ne poursuivez pas votre lecture.

On connaît bien ce genre de scène : une salle d’interrogatoire austère, un duel entre un enquêteur et un suspect. Mais ici, dans Adolescence, la puissante mini-série Netflix signée Stephen Graham et Jack Thorne, l’accusé est un garçon de 13 ans.

Jamie, interprété avec brio par le jeune Owen Cooper, est jugé pour le meurtre brutal de sa camarade Katie. Face à lui, Briony, une psychologue pour enfants campée par Erin Doherty, mène un entretien préliminaire au procès.

L'épisode a nécessité 11 prises avant que le réalisateur, Philip Barantini, n'obtienne ce dont il avait besoin...

Un duel psychologique...

Pendant près d’une heure, cette confrontation – qu'on pourrait qualifier d'hypnotique – livre la séquence la plus intense de la série qui domine désormais le top Netflix. C'est certainement un des meilleurs épisodes de télévision de l'année. De ceux qui vous restent en mémoire un bon moment.

Briony questionne, rassure et provoque Jamie, cherchant à percer le mystère derrière son acte. Philip Barantini sublime ce huis clos grâce au plan-séquence qui serre au col. La caméra tourne sans relâche, empêchant le spectateur de souffler un seul instant.

... et un moment fort

Erin Doherty elle-même admet dans un entretien à Variety qu'il y a eu un moment où son jeune partenaire, Owen Cooper, a été si convaincant dans son jeu qu'elle l'a trouvé "vraiment effrayant". Elle explique comment ils sont parvenus à ce climax :

"Je suis très fière d'Owen parce que je l'ai vu se dépasser en tant qu'acteur, aller jusqu'au bout. À l'époque, c'était un enfant et il ne voulait pas être effrayant, surtout avec quelqu'un qu'il venait de rencontrer. Nous avons donc dû nous efforcer de créer un espace sûr pour lui faire comprendre qu'il allait s'en sortir. Quand je pense à cet enfant par rapport à celui qui s'est présenté à la onzième prise, qui a appuyé sur ces boutons et qui s'est poussé lui-même, je suis tellement fière."

Et de souligner aussi la nuance que le jeune garçon a su apporter à son personnage : "Dès que j'ai rencontré Owen, je n'ai pas pu m'empêcher de l'aimer. Il a interprété ce personnage avec beaucoup de talent, parce qu'on ressent vraiment quelque chose pour lui."

Netflix

Un crime au mobile ridicule

À travers le dialogue entre Jamie et Briony, le spectateur reconstitue progressivement le drame. Tout part d’une photo intime envoyée par Katie à un camarade. L’image, devenue virale dans l’école, précipite une spirale infernale. Jamie, humilié après avoir été rejeté par Katie et moqué sur Instagram, bascule dans la violence.

Graham et Thorne explorent ici des thèmes brûlants : le cyber-harcèlement, la culture toxique de la "manosphère", la banalisation du port d’armes blanches chez les adolescents. Pourtant, si le propos est percutant, l’intrigue évite l’écueil du simple plaidoyer social. La dynamique entre Jamie et Briony reste l’épicentre du récit, oscillant entre manipulation et incompréhension mutuelle.

Une descente aux enfers

Dès le premier épisode, Adolescence balaie toute ambiguïté : Jamie est bien coupable. Aucune révélation tardive, aucun retournement façon thriller à la Harlan Coben. Les preuves accablantes sont là. Pourtant, la série ne se limite pas à une enquête judiciaire. Elle s’attarde sur les ondes de choc provoquées par le crime.

Autour de Jamie, tout s’effondre. Son père Eddie (Stephen Graham) oscille entre rage contenue et explosion de colère. Sa mère Manda (Christine Tremarco) erre, dépassée. Pendant ce temps, les enquêteurs Bascombe (Ashley Walters) et Frank (Faye Marsay) tentent de démêler les rouages du drame. À l’école, la réaction des élèves et professeurs en dit long : certains savaient, d’autres minimisaient.

Ben Blackall / Netflix

Une plongée glaçante dans l’inconnu

Si Adolescence fascine autant, c’est parce qu’elle s’attaque à l’incompréhensible. Elle décrypte des phénomènes contemporains – l’influence de figures comme Andrew Tate, la montée des incels – mais sait aussi reconnaître que certaines horreurs restent insaisissables.

L’épisode 3 en est la démonstration éclatante. Dans le dernier échange entre Briony et Jamie, un malaise persiste : la psychologue n’a pas totalement percé le mystère de son jeune interlocuteur. Il passe d’un état à un autre – doux, provocant, repentant, cynique – avec une aisance troublante. Est-il pleinement conscient de ce qu’il a fait ? La réponse échappe autant à Briony qu’au spectateur.

Ce final saisissant matérialise l’angoisse ultime de tout parent : découvrir qu’on ne comprend qu’à moitié son propre enfant. Adolescence ne donne pas toutes les réponses, mais elle pose les bonnes questions. Et c’est précisément ce qui la rend si puissante.

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