Il faut reconnaître que John Woo a été bien patient avant d'imposer son style ! L'homme débute sa carrière de réalisateur en 1974, âgé de moins de 30 ans, chose extrêmement rare à Hong Kong. Où le milieu du cinéma reste fermé, et les réalisateurs plutôt âgés.
Pour l'anecdote, de passage à Lyon pour une masterclass en octobre 2025 à laquelle j'ai eu la chance d'assister, John Woo déclarait avec malice qu'il avait commencé le job de réalisateur sur un coup de bol. En effet, un producteur cherchait quelqu'un pour tourner un film de prétexte, histoire de pouvoir coucher avec l'actrice principale... (spoiler : le plan drague n'a pas fonctionné)
Mais s'il commence jeune, John Woo s'ennuie dans des films de commande. Jusqu'à ce qu'il rencontre Tsui Hark avec qui il se lie d'amitié. Et il parvient à sortir en 1986 "A Better Tomorrow", produit par ce dernier. Un film personnel, que personne ne donnait gagnant.
Un scénario sérieux, voire dramatique, à un moment où les comédies régnaient sur le box office hong-kongais. Et une distribution bancale sur le papier : l'inconnu Chow-Yun Fat, et Ti Lung, largement sur le déclin.
Pourtant ce polar cartonnera à Hong-Kong. S'il faudra attendre "The Killer" pour voir les carrières de John Woo et Chow Yun-Fat décoller à l'international, ils seront des stars à Hong Kong dès "A Better Tomorrow". Et le polar d'action esthétisé passera en grande demande. Mais de quoi ça parle au juste ?
On s'intéresse ici à une ex-figure des Triades hong-kongaises, envoyée en prison suite à une trahison. A sa sortie, il récupère sa vie en miettes, et le mépris de son frère flic.
Le scénario offre des champs dramatiques intéressants, et des relations creusées entre les personnages. Ironiquement, celui qui ressortira le plus sera le second rôle interprété par Chow Yun-Fat. L'acteur, choisi pour sa ressemblance avec Alain Delon (?), joue sur la nonchalance et une garde robe inspirée des films de Jean-Pierre Melville (John Woo a toujours clamé son admiration pour ceux-ci). Et il incarne un personnage très tragique.
Je reprocherai à l'ensemble un manque de moyen parfois assez visible, ou en tout cas qui fait pâle figure par rapport aux films de John Woo suivants. Par exemple, des scènes extérieures à l'éclairage limite. Ou des effets sonores faiblards : armes à feu ternes, ou cette séquence de baston générale où TOUS les coups ont le même son... Il y a aussi quelques acteurs qui laissent à désirer.
Néanmoins, "A Better Tomorrow" reste une réussite marquante de son époque. Les fusillades, bien que limitées en nombre et en durée, sont très bien découpées. Les gerbes de sang et divers ralentis permettent un esthétisation de la violence inédite alors. On atteint évidemment pas encore l'orfèvrerie visuelle d'un "Hard Boiled", mais on sent que la machine est lancée.
Et il y a de belles idées graphiques. Telles ces séquences de restaurant tamisées. Ou quelques plans iconiques, dont celui de Chow-Yun Fat qui allume une cigarette avec un billet de banque (ou l'inverse).
Une image qui deviendra l'emblème de cette franchise... et peut-être même de cette nouvelle vague hong-kongaise.