Le réalisateur français Jean-Jacques Annaud est sans doute plus connu pour ses films L'Ours et Le Nom de la rose. Et dans ses mémoires, intitulés Une vie pour le cinéma, le cinéaste a confié le plaisir qu'il avait eu à tourner avec Sean Connery dans Le Nom de la rose, l'histoire d'une enquête sur le meurtre de plusieurs moines dans une abbaye bénédictine italienne.
J'en ai la chair de poule
Alors qu'il recherchait encore son acteur principal car ses discussions avec Michael Caine avaient mené au pire (un procès!), Jean-Jacques Annaud reçoit de multiples coups de fil de Mike Ovitz, l'agent de Sean Connery. A l'époque, l'acteur est au creux de la vague depuis qu'il a tourné un James Bond décorrélé de la saga officielle (Jamais plus jamais) puis le très moyen L'Epée du vaillant (1984).
Annaud accepte de le rencontrer et Sean Connery arrive avec le scénario sous le bras. Le réalisateur écrit dans ses mémoires : "Il s'installe en face de moi et il se met à lire ces pages que j'ai écrites et réécrites, que je connais par cœur, à l'intonation près. Il me les lit si bien que j'en ai la chair de poule. Je l'arrête et je fonce chez Bernd Eichinger [producteur du film, ndlr] : c'est fait, nous avons notre Guillaume."
Sean Connery tiendra donc le rôle principal du film avec Christian Slater et Helmut Qualtinger. Et lorsque le travail commence entre le comédien britannique et le réalisateur français, ce dernier est abasourdi par la précision de son comédien, qu'il décrit comme de "l'horlogerie suisse" :
"Lors des premières répétitions, [Sean] me demandait :
- Je prends le gobelet dans la main gauche ou la main droite ?
- Dans la main gauche, parce que tu vas avoir à prendre tes lunettes de la main droite.
- OK. Je le prends sur quel mot ?
- Tu le prends quand tu dis : 'Hier, j'ai vu le bibliothécaire'.
- Je le mets où ? A 20 cm de mon nez ou à 25 ?
- A 25. Ensuite tu fais une pause.
- Et après, je fais combien de pas vers la fenêtre ?
- Deux.
Une fois le mécanisme au point, il accomplissait tous ces gestes avec une grâce et un naturel stupéfiant."
Sean m'a aidé à comprendre les acteurs
Une précision parfois presque trop poussée car l'acteur apprend tant son texte au millimètre que le moindre changement de réplique sur le plateau le met en difficulté. Mais Annaud ne regrette rien, bien au contraire :
"Sean m'a aidé à comprendre les acteurs qui travaillent selon des méthodes venues du théâtre, qui maîtrisent la vieille école où l'on apprend à être dans ses marques sans les regarder, à tourner le visage au degré près, où l'on pense qu'être acteur, c'est un métier, où l'on a le respect de ce métier. (...) En tout cas, c'était une magie de le voir faire et ça aurait été un rêve de retravailler avec lui".
Le Nom de la rose remporte le César du Meilleur film étranger et Sean Connery le BAFTA du Meilleur acteur pour le rôle de Guillaume de Baskerville. A sa sortie en France, Le Nom de la rose réalise près de 5 millions d'entrées en 1986. La même année sort Highlander, lui aussi avec Sean Connery, qui réunit 4,1 millions de curieux dans les salles, relançant ainsi la carrière du comédien.