Un nouveau film de Tim Burton créé toujours l'hystérie chez les amateurs de cinéma. Hystérie accrue par une bande-annonce qui dévoilait les contours de ce qu'est Dark Shadows : Une ambiance gothique à souhait entre désillusion vampirique et société rock'n'roll des 70's. Et le verdict est aussi incertain que l'était mon attente après la découverte de la BA. Qu'on se le dise tout de suite, on retrouve un Burton dans son élément. Une atmosphère sombre et édulcorée, des personnages excentriques et un humour cynique qui parsème une histoire aux envolées épiques. Mais les craintes sont-elles confirmées ? L'ambiance ne paraît-elle pas trop superficielle ? Certains personnages ne sont-ils pas sous-exploités ? L'histoire n'est-elle pas d'une banalité étouffante ? J'aurais malheureusement tendance à dire que oui, même si - il y a toujours un même si - il y a ce petit quelque chose qui ne rend pas le film désagréable.
À commencer par le casting, où l'on retrouve les acteurs dans leur élément, de Johnny Depp à Chloe Moretz en passant par Eva Green. Les dialogues sont évidemment bourrés d'humour et le cast' fonctionne bien ensemble, avec notamment des confrontations entre Barnabas (Depp) et Angelique (Green) piquantes. Le charme fatal de cette dernière est d'ailleurs une véritable réjouissance. Bref, les personnages sont en apparence intéressants, et toute la vie de château qui s'orchestre autour du retour de Barnabas dans son humble demeure promet beaucoup. On reste cependant coincé au stade des promesses, et c'est bien dommage. Toute la première partie du film est bien dosée, on prend plaisir à découvrir l'évolution des personnages et de l'intrigue, en osant espérer que le meilleur reste à venir. Mais notre enthousiasme s'efface aussitôt, puisque la deuxième partie du film manque d'explosivité et d'audace, pour se révéler finalement d'une linéarité conventionnelle sans réelle saveur.
Je crois que le vrai problème du film est que derrière toutes ses apparences, son humour, il manque d'un véritable fond. Pour partir dans une comparaison propre au film, je dirais qu'on se retrouve devant l'écran comme Barnabas se retrouve devant Angelique : C'est beau, attirant, sexy et rock'n'roll, mais dépourvu d'âme... C'est pourquoi, hormis les passages humoristiques (qui sont très plaisants, je le répète), ce qu'il y a au-delà se révèle sans intérêt et superficiel : Le scénario en tête de liste. Cette famille perturbée est plaisante mais son background est très (trop) mince pour nous satisfaire. Je pense par exemple au personnage de Chloe Moretz, qui, aussi charmant soit-il, se dévoile dans le dernier tiers comme sous-exploité (voire ridicule). C'est malencontreusement le cas pour une bonne partie des personnages qui sont à mon sens sous-exploités (et même parmi les plus importants !).
Après Dark Shadows n'est pas non plus un mauvais film, et je suis très embêté à l'idée de le conseiller ou non tant plusieurs approches sont possibles, et certaines d'entre elles raviront sans aucun doute bon nombre de spectateurs. L'intrusion de forces magiques et maléfiques dans une société en renouveau qui se cherche elle-même (des hippies barrés aux ouvriers du coin) a ses côtés plaisants. Agrémentée d'un esthétisme déluré ravissant, d'une mise en scène maîtrisée et d'une bande-son qui intègre pleinement l'ambiance du film, on peut sans problème passer un bon moment de cinéma, à condition de ne pas être exigeant sur certains domaines. Pour ceux qui ont placé des attentes immenses sur ce film, la déception risque d'être au rendez-vous, pour les autres qui sont juste curieux et friands de passer un bon moment en compagnie de cet univers déjanté, je pense qu'ils n'ont pas trop de soucis à se faire, ça fonctionne. J'en garderai pas un souvenir impérissable, je l'aurai oublié dans quelques mois, mais il y a cette patte burtonienne qui fait que je ne peux pas cracher sur le film, même s'il reste très moyen.