La rencontre de deux solitudes
C’est le 1er film du chinois Hu Guan qu’il m’est donné de voir. Sachez tout de même que ces 110 minutes dramatiques ont obtenu le Prix Un Certain Regard au Festival de Cannes 2024. Lang revient dans sa ville natale aux portes du désert de Gobi. Alors qu’il travaille pour la patrouille locale chargée de débarrasser la ville des chiens errants, il se lie d’amitié avec l’un d’entre eux. Une rencontre qui va marquer un nouveau départ pour ces deux âmes solitaires. Avec son paysage post-apocalyptique, le désert, les gangs à moto, les ruines, le cinéaste nous transporte dans un monde oublié, celui d’une Chine loin des grandes métropoles, qui tente – l’action se situe en 2008, date des JO de Pékin -, de faire son entrée dans le XXIème siècle. Un film qui fascine tant par la forme que par le fond.
Guan Hu a eu l’idée de son film après avoir observé l’évolution de la Chine ces vingt dernières années et l’impact positif et négatif de l’Homme sur ce pays. Le réalisateur a également voulu se focaliser sur la population rurale et sur les laissés-pour-compte, en sondant ce qui les aidait à survivre au quotidien. La mise en scène dépouilléerend compte le plus fidèlement possible de la vie des villageois subissant des bouleversements sociaux. Il tente de montrer la part animale qui sommeille en chacun de nous. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si e héros s’appelle Lang, car c’est en référence à la divinité chinoise Erlang, représentée avec un chien élancé et mince à ses côtés qui pallie sa solitude lorsque ce dieu parcourt les cieux. Car, il est bien question ici, à travers le constat – pas forcément exaltant – de la transformation de la Chine profonde, de solitudes, celle du héros, de son chien et de la région du désert de Gobi. Les décors de cette ville fantôme donnent le ton de ce drame étrange : théâtre fermé, zoo en passe de l’être, barres d’immeubles sordides et on se dit, à la fin : « et l’humanité dans tout ça ? ».
L’ensemble des acteurs au casting sont professionnels et sont pour la plupart connus des spectateurs chinois comme Eddie Peng, formidable de bout en bout dans un rôle quasi mutique, Liya Tong , Jia Zhangke, et puis toute cette meute de chiens livrés à eux-mêmes, parfois tendres et parfois enragés, et qui sont le fidèle reflet des humains qui survivent dans cette ville oubliée aux portes du désert. Beaucoup de questions posées par ce grand film, jusqu’à la dernière image où l’on se demande si ce sont des flocons ou des cendres qui envahissent l’écran. A découvrir.