Réfractaires aux séries et autres qui n'ont pas le temps de regarder 53 000 épisodes, Chernobyl est faite pour vous. En 5 épisodes pour un total de 5h20 de visionnages, vous avez "l'essentiel" de la catastrophe d'avril 1986. Difficile de passer à côté de cette popularité inattendue, tant cette série fait parler d'elle en bien et en mal (il suffit de voir l'actualité et l'essor du tourisme noir dans la zone contaminée de Tchernobyl, même si la série n'est bien entendu pas responsable de la connerie humaine).
Retenez bien que c'est une série et non pas un documentaire historique ! Il y a bien une volonté de cohérence historique pour s'approcher au plus près de la réalité de ce qu'il s'est passé. Et c'est d'ailleurs la grande force de Chernobyl, qui arrive magistralement à faire comprendre au grand public les causes et la temporalité de l'événement. Il ne faut cependant pas oublier la part volontaire de fiction
(avec par exemple le personnage fictif Ulana Khomyuk).
La réalisation est très bien faite, avec une bande-son excellente et des acteurs qui sont dans leurs rôles (mention spécial à Jed Harris dans son rôle du professeur Legasov et à Paul Ritter pour le superviseur Dyatlov. A ma surprise, la VF est très correcte et s'accorde très bien au personnages et à la situation manichéenne de la série
(que vous remarquerez très vite dès le premier épisode - Il faut en effet des héros et des méchants)
. L'atmosphère communiste est bien retranscrite et certaines scènes sont vraiment marquantes (
à l'image des liquidateurs sur le toit de la centrale, qui est sans doute la scène la plus puissante de cette mini-série
).
En voila une série bien réalisée et qui pour une fois ne vas pas nous prendre une éternité à regarder (enfin !). Avec HBO pour chaîne commanditaire, cela explique le succès. Malgré ses qualités, la série n'est pas exempt de défauts et d'exagérations.
La menace d'une deuxième explosion, bien que réelle, est largement amplifié sur le niveau de sa puissance à des fins de dramatisation, ce qui est vraiment dommage
. Il manque également beaucoup trop de scènes sur certains thèmes qui devraient pourtant se retrouver à l'évidence :
Pourquoi si peu d'images sur l’évacuation de Pripiat ? Sur les liquidateurs dans la centrale ? Pourquoi ne voit-on pas la fin de la scène des mineurs et l'installation de l’échangeur de chaleur sous la fusion du réacteur ? Pourquoi n'a t'on pas d'images au plus prêt de la fusion nucléaire ? Qu'en est-il fait de la zone de Tchernobyl des années après la catastrophe et l'abandon ? Ou est le processus de fabrication du sarcophage au dessus du réacteur n°4 ? Dommage de ne pas voir tout ça
. Enfin il ne faut pas oublier que c'est une série américaine malgré le certain réalisme voulu. Il faudra attendre la série des russes en réponse pour avoir un autre point de vue (avec la aussi le même souci d'objectivité qu'on devra faire preuve à cet hypothétique visionnage). Le spectateur comblera ses connaissances avec des documentaires très bien réalisés et aisément trouvable sur des sites de vidéo en ligne (La bataille de Tchernobyl, hommage aux liquidateurs).
La bonne surprise de 2019 à regarder, mais pas la meilleure série du monde.