Le scénario de Mê Thao s'inspire pour les faits principaux et le contexte historique de l'unique roman de l'écrivain Nguyen Tuan, "Chua Dan" (La Pagode Dan). Ecrit dans les années 40, il ne fut publié que bien plus tard, à petits tirages, et sa diffusion resta confidentielle jusqu'aux années 80. Nguyen Tuan, l'une des figures majeures de la littérature vietnamienne du XXème siècle, était surtout reconnu pour ses récits et nouvelles.
Le personnage de la Muette, une des créations marquantes du scénario, est fortement symbolique. Son mutisme est double, à la fois physique et social, étant donné son rang dans la société. Elle représente selon la réalisatrice du film "ceux qui dans la société voient tout, savent tout, mais ne peuvent rien rien dire, sont impuissants".
La lutte entre tradition et modernité n'est pas, comme on pourrait le penser, le thème du film. L'opposition du personnage de Nguyen à la modernité n'est qu'un paravent à sa "lubie". Si l'illusion qu'il poursuit, son désir de ressusciter ce qui a disparu, constitue un thème essentiel du film, la réalisatrice conçoit également son oeuvre comme une histoire d'amour. L'histoire de deux amours, pour être précis, "l'amour qui ne vit que pour soi, et l'amour qui se sacrifie pour que d'autres vivent". La bien-aimée de Nguyen n'apparaît pas dans le film. Ainsi se traduit à l'écran le fait que "l'idéal vénéré par Nguyen est irréel".
La musique tient un rôle moteur dans le film, puisque c'est par elle que s'ouvre et se referme l'espace du conte. Deux scènes -inaugurale et finale- permettent aux spectateurs de se plonger au coeur de l'univers musical traditionnel du Vietnam. Deux genres musicaux sont ainsi présentés, qui mêlent luth et voix de l'héroïne : le "ca tru", un chant qui laisse une large part à l'improvisation, d'ordinaire reservé aux oreilles expertes des habitués des salons de musique, et le "chau van" , chant chamanique pratiqué lors de séances de transe plus ou moins clandestines.