Takashi Miike... Voilà encore un cinéaste controversé qui oblige le spectateur à prendre position. Je dois avouer que ce Gozu m'a pas mal déconcerté, tant la sensation de déséquilibre traverse l'objet d'un bout à l'autre. Partagé entre l'effet d'un monument d'ennui et la fascination pour un machin-bidule-chouette totalement original, il m'est bien difficile de rassembler mes impressions. Mais qu'est donc Gozu ? Ca démarre comme un film de yakuzas plutôt prenant qui prend le temps de s'installer, affichant d'emblée une tonalité grotesque des plus déroutantes ; ça continue lentement, trop lentement, dans une succession de séquences sans intérêts qui perpétuent les effets comiques de l'ouverture sans jamais parvenir à nous captiver, Miike semblant vouloir dilater les temps morts jusqu'à la lassitude rédhibitoire de son audience. Et là on se dit que c'est fichu, que ce Gozu n'est qu'un foutage de gueule gros comme un bulldozer... alors interviennent les quinzes dernières minutes, délire organique et incomparable à tout ce que l'on a pu voir jusqu'à présent : un accouchement-monstre évoquant à la rigueur David Cronenberg - mais certainement pas David Lynch, réalisateur que l'on a trop facilement associé à Miike pour ses penchants absurdes mais que le cinéaste nippon ne parvient jamais à égaler - scène délirante et fascinante qui contrebalance le bloc d'ennui des 90 minutes précédentes. A la fois pénible à suivre, esthétisé jusqu'au rébarbatif ( les images dorées ne sont personnellement pas ma tasse de thé ), inclassable, courageux et imprévisible, Gozu se termine donc sur une bonne impression, moment étrange et quasi expérimental qui laisse difficilement de marbre. Complètement inégal mais marquant et inventif, Gozu est une authentique curiosité de cinéma.