Il est toujours délicat de s'attaquer au remake d'un film culte certes imparfait, mais culte dans le monde du cinéma. C’est le cas de Massacre à la tronçonneuse, monument de rage d’un Tobe Hooper alors touché par la grâce et qui se retrouve entre les mains de Marcus Nispel, réalisateur bourrin mais doté d'un certain talent. Le résultat est loin d’être honteux, surtout en comparaison d’autres films de cette saga qui n’aurait jamais dû en être une, mais s’avère bien trop artificiel pour ne serait-ce que toucher du doigt l’illumination de son modèle. En effet, ce film nouvelle génération ne fait qu’embrasser la mode du torture porn ultra léché qui n’apporte strictement rien au genre, si ce n’est un premier degré assez salvateur. Marcus Nispel refuse viscéralement tout cynisme et toute rigolade, préférant taper fort et faire gicler des hectolitres d’hémoglobine sans se soucier de la mode minable instaurée par un certain Wes Craven. En résulte un film assez sauvage, ultra violent, mais qui n’arrive jamais à la cheville de son illustre modèle. Il est pourtant difficile au premier abord de juger la mise en scène de Nispel, qui reste franchement correcte, et la photographie vraiment superbe. Mais pourtant, tout est pourtant trop artificiel : l'histoire de Leatherface n'est pas assez approfondi tout comme l'esthétisme beaucoup trop chic et "propre" pour qu'on y croir une seule seconde. Et ce n’est pas le prologue faussement cracra qui y change quelque chose. Alors oui, les meurtres sont sadiques et sanglants, nombreux et frontaux, et cela peut faire plaisir à voir. Sauf que l’étalage de barbaque dans le cadre n’est qu’une solution de facilité. Ainsi, on se retrouve dans le slasher basique, sans le moindre propos affirmé, qui se contente de buter du beau gosse et de la jeune fille en tenue sexy simplement pour la beauté du sadisme. Mais d'un coté, cela reste franchement efficace. L’outrance aidant, le jeu de massacre fonctionne sur un mode ludique assez amusant. D'autant plus que Marcus Nispel ne fait pas dans la dentelle au niveau des effets gores. Pourtant, la sauce ne prend pas vraiment. La faute à tous ces personnages caricaturaux et absolument pas travaillés, jusque dans leurs relations un peu débiles. La faute également, et surtout, à un Leatherface bien trop humanisé d’un côté, et transformé en une machine de l’autre, sorte de Terminator armé d’une tronçonneuse. Une créature bâtarde, loin de la figure du mal absolu, et même un peu crétine au final. Ainsi, ce remake de Massacre à la tronçonneuse est sans âme véritable, diaboliquement bien shooté mais sans le moindre intérêt, manquant cruellement de tension. On retiendra les effets gores vraiment très efficaces. Mais c'est un film calibré pour un jeune public friand d’envolées gores mais gentillettes, à l’ambiance fake au possible, bien loin de la folie furieuse et contestataire de son modèle.