Au départ ils étaient 8. Huit militants accusés à tort de conspiration et d'incitation à la révolte. Pourtant, l’un d’entre eux était de trop. Il s’appelle Bobby Seale et il avait co-fondé deux ans plus tôt le Black Panther Party For Self Defense. Il était au mauvais moment, au mauvais endroit, pourrait-on dire. Dans le film d’Aaron Sorkin, Les Sept de Chicago, c’est l'excellent Yahya Abdul Mateen qui lui prête ses traits. Durant tout son procès et comme le relate fidèlement le long-métrage, l’homme tentera d’expliquer qu’il est innocent des accusations portées contre lui et qu’il n’a jamais participé à l’organisation de cette marche contre la guerre du Vietnam. Pire, on lui refuse le droit de repousser le procès afin d’être représenté par son avocat. Bobby Seale est, comme les autres accusés, alors victime d’un procès politique. Sa présence n’a qu’un intérêt : rendre les accusés encore plus radicaux qu'ils ne le sont. C’est dans un contexte socio-politique compliqué et alors que les émeutes raciales font rage à l’extérieur que le juge chargé de cette affaire va prendre une décision lourde de sens.
Durant le procès, Bobby Seale a effectivement enchaîné les outrages à la Cour, demandant à maintes reprises à se défendre par lui-même et à faire venir des témoins à la barre, en évoquant le 6ème Amendement. Le 29 octobre, après plusieurs mois de procès et que Seale l’ait qualifié de "raciste" et de "fasciste", le juge Hoffman demande aux officiers de l’attacher à sa chaise et de le bâillonner. Un calvaire que Seale va vivre pendant plusieurs jours et qui va choquer les personnes présentes. William Kunstler, avocat de la défense joué dans le film par Mark Rylance, s’est même emporté face au juge : "Quand arrêterons nous cette torture d’un ancien temps ? C’est une honte pour la justice". Cette scène sera restituée avec force et justesse dans Les Sept de Chicago.
Cet événement, peu connu en France, est représentatif d’une époque et fait aujourd’hui, encore écho à l’actualité. Il sera mentionné dans deux chansons - "Chicago" de Graham Nash et "H2Ogate Blues" de Gil Scott-Heron.