Happy Face : c’est quoi cette série tirée d’une histoire vraie glaçante ?
Emilie Semiramoth
Emilie Semiramoth
Cheffe du pôle streaming, elle a été biberonnée aux séries et au cinéma d'auteur. Elle ne cache pas son penchant pour la pop culture dans toutes ses excentricités. De la bromance entre Spock et Kirk dans Star Trek aux désillusions de Mulholland Drive de Lynch, elle ignore les frontières des genres.

Paramount+ lance aujourd'hui les deux premiers épisodes de sa mini-série "Happy Face" où Dennis Quaid incarne un célèbre tueur en série.

Personne n’aura échappé à la tendance ces dernières années… Le true crime a pour ainsi dire jeté un sort sur la société, connaissant un boom de popularité rarement atteint. Pour certains, les divertissements consacrés aux affaires criminelles constituent un moyen sûr d'explorer leurs peurs primaires. Pour d'autres, cette fascination exploite de manière morbide des tragédies réelles au détriment du respect de la mémoire des victimes et de l'intimité de leurs proches en deuil. Mais ce n’est pas le cas avec Happy Face.

Happy Face
Happy Face
Sortie : 2025-03-20
Série : Happy Face
Spectateurs
3,2

Un point de vue différent

La série de Paramount+ choisit un point de vue rarement exploité dans les productions du genre. Happy Face est basée sur le podcast du même nom de l'animatrice Melissa Moore, la fille de Keith Hunter Jesperson, le célèbre tueur en série surnommé "le Happy Face Killer" car il signait toujours ses courriers aux médias et aux procureurs avec un smiley...

En 2021, Melissa Moore a expliqué au magazine Marie Claire pourquoi elle a décidé de se faire connaître du public après avoir évité pendant des décennies toute association avec son ignoble père : "Mon intention est de raconter ces histoires que nous croyons connaître, mais d'un point de vue différent, celui d'un survivant, de quelqu'un qui a vécu avec le tueur ou la victime."

Créée par la showrunneuse Jennifer Cacicio, sous la houlette du puissant duo de producteurs Robert et Michelle King (Evil, The Good Wife), Happy Face porte un coup spectaculaire à la glorification habituelle des tueurs en série dans notre culture.

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De quoi parle Happy Face ?

Alors que Melissa Moore (Annaleigh Ashford) prépare la fête d'anniversaire de sa fille, elle a une réaction viscérale face à certains ustensiles vendus à la supérette : un rouleau de ruban adhésif, un paquet de liens de serrage... Ces objets lui évoquent des souvenirs terrifiants : à l'âge de 15 ans, Melissa a découvert que le père qu’elle adorait était un violeur et un tueur en série, responsable de la mort d'au moins huit femmes.

Selon ses lettres de confession, Keith Hunter Jesperson (Dennis Quaid), un conducteur de camion, a commencé à tuer en 1990 et est passé inaperçu jusqu'à ce qu'il se rende à la police. Avant que le tribunal ne le condamne à trois peines d'emprisonnement à perpétuité consécutives, sa signature sur ces mêmes lettres était un smiley arrogant et obsédant.

En plus des huit familles plongées dans un éternel chagrin, la découverte du sadisme de Jesperson a ruiné l'enfance de Melissa. L'homme qui a fait tant de mal n'était pas le père qu'elle connaissait, même si elle avait été témoin de soi-disant signes avant-coureurs.

Aujourd'hui adulte, Melissa porte toujours le fardeau de la culpabilité et de la honte. Elle ne peut s'empêcher de se sentir responsable, se demandant si elle aurait pu arrêter son père si elle avait suivi ses soupçons. Mais Melissa n’était alors qu’une enfant vivant avec un parent manipulateur et violent sur le plan émotionnel. Il était insensé de penser que l’attitude même parfois louche de Jesperson laissait entrevoir une vérité odieuse.

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La fille du tueur est l’héroïne

Au moment où Happy Face commence, Melissa a coupé les ponts avec son père, changé de nom de famille et épousé Ben Moore (James Wolk), avec qui elle a deux enfants. Elle est également devenue maquilleuse pour le Dr Greg Show, un talk-show sur la santé et le bien-être.

Lorsque son père réussit à joindre Melissa sur son lieu de travail, il capte son attention malgré elle en lui faisant miroiter un aveu choquant, tel un chat jouant avec une souris : il affirme avoir tué une neuvième femme, Heather, et avoir finalement décidé de se dénoncer.

Le timing de cette confession est crucial, car l'homme condamné pour le meurtre d'Heather, son petit ami Elijah (Damon Gupton), est un homme qui se trouve dans le couloir de la mort, à moins de 50 jours de son exécution. Pour prouver l'innocence d'Elijah et confirmer l'implication de son père, ainsi que pour apporter des réponses à la famille d’Heather, Melissa décide de faire connaître son lien avec Jesperson en passant dans l'émission, le Dr Greg Show.

Le fait de se confier à la télévision nationale l’expose au harcèlement des membres de la famille des victimes de Jesperson, mais la met aussi en contact avec des personnes qui se trouvent dans des situations similaires et qui cherchent du réconfort. Et plus Melissa parle avec son père, plus leurs conversations tendues font voler en éclats les idées préconçues qu'elle utilisait autrefois pour se protéger de son traumatisme.

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Happy Face se concentre sur les victimes

Contrairement à d'autres séries policières basées sur des histoires vraies, comme Mindhunter par exemple, Happy Face n'essaie pas de sonder les profondeurs de la psychologie d'un tueur en série.

La dynamique dramatique découle de l'exploration d'un type de traumatisme très spécifique : être l'enfant d'un tueur en série que l'on a un jour aimé, ainsi que l'angoisse dévorante ressentie par les proches de ses victimes. Des mères pleurant leurs filles, un fils laissé seul au monde sans sa mère, des frères et sœurs cherchant désespérément à obtenir justice… Lorsqu'un tueur en série frappe, les répercussions se font sentir partout.

Pour Melissa en particulier, les aveux de son père et l'enquête qui s'ensuit provoquent des frictions au sein de sa propre famille, par ailleurs très aimante. Le traumatisme générationnel s'avère impossible à éviter et presque impossible à gérer. Après tout, le chagrin ne part jamais. Au-delà de cette douleur, Melissa elle-même ne peut plus nier sa plus grande peur : qu'elle ait pu hériter de la noirceur de son père.

Mais pour en avoir le cœur net, il faudra attendre les prochains épisodes. Paramount+ diffuse deux épisodes au lancement et proposera ensuite un épisode par semaine.

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