Il a joué sous la direction des plus éminents, d'Alain Resnais à André Téchiné. On l'a vu dans de multiples rôles savoureux et surprenants et pourtant... C'est sous l'oeil de François Ozon qu'André Dussollier nous bluffe. Se glissant dans la peau du père d'Emmanuèle Berheim dont le cinéaste a adapté l'autobiographie "Tout s'est bien passé", le comédien campe cet homme ambivalent, égoïste mais touchant, sans frein, grivois, (im)pardonnable, drôle et dur qui, suite à un AVC handicapant, ose demander à ses filles de l'aider à mourir.
Tandis que l'acteur nous révèle -vidéo ci-dessus- comment il s'est transformé et a travaillé ce rôle exigeant d'homme entier, qui ne peut plus supporter son état dégradé, sa partenaire Géraldine Pailhas revient sur son propre travail et celui du maître Ozon, qui malgré la gravité de son propos, a permis "plein de moments de sourires et aussi des fous rires", laissant à ses comédiens le soin de "jouer pratiquement à chaque prise tout et son contraire, du plus tragique au plus burlesque", afin de moduler à sa guise les humeurs et émotions de ses héros.
Habituée à sa direction d'acteur, la comédienne confie avoir choisi ici encore de s'appuyer en grande partie sur le metteur en scène et son propos, se délestant de la pression qu'il y avait à connaître à la ville Emmanuèle Bernheim et à jouer le rôle de sa soeur : "Pascale Bernheim étant en vie, il est possible que l'on se rencontre un jour et j'aimerais beaucoup le faire à présent. Mais je n'ai pas le sentiment qu'il y ait eu avant cette nécessité-là. C'est agréable de se reposer aussi sur François, non pas en ne faisant rien mais en le suivant dans ce qu'il a envie de faire."
Ainsi, c'est autour du chef d'orchestre, "auteur, mettteur en scène, cadreur et homme pressé", que les deux comédiens entourés de Sophie Marceau ont formé une équipe "au diapason", enthousiasmée par son "premier regard de spectateur" et le jeu de séduction qu'il crée. Une collaboration "fluide, évidente, harmonieuse" au service d'un film remarquable, abordant un sujet de société grave avec grâce et sur différents tons, entre drame, vaudeville, et soupçon de polar. A découvrir dès aujourd'hui au cinéma.
Journaliste : Laetitia Ratane
Montage : Ando Raminoson
Tout s'est bien passé en images :