En réalisant Mothlight (1963), film sans caméra, composé d’ailes de papillons et de fleurs collées sur la pellicule, Stan Brakhage savait-il que l’une des premières failles à l’intérieur d’un système informatique en 1947 avait été causée par un papillon de nuit ? La présence impromptue de cet être minuscule conduisit les informaticiens à nommer ce type d’accidents des « bugs », preuve que la stabilité d’un système n’était jamais garantie. D’un médium à l’autre, nous voici au cœur d’une aventure perceptive entreprise par le groupe de recherche en essai vidéo pour sonder le regard de la machine aussi bien que les « failles » (glitch) que l’IA introduit dans les images cinématographiques. Réalisés sans caméra, ces essais poursuivent le geste de Brakhage en questionnant la nature des images générées par IA, leur réalisme déviant et leur propension à l’hallucination à travers l’exploration d’un imaginaire cinématographique commun. Il ne s’agit pas de célébrer ou de craindre une autonomisation des images qui tendrait à annihiler tout acte de création et tout réel, mais d’explorer la complexité de ces réseaux artificiels et de ces chaînes d’actions qui reconfigurent aujourd’hui l’histoire des images.