Avec ce film, la guerre des Smith n'aura pas lieu. Que les choses soient claires : Brad Pitt et Angelina Jolie ne détrôneront pas "La Guerre des Rose" au panthéon cinéphile des mercenaires de l'amour conjugal. Là où son prédécesseur reste gravé dans les mémoires, cette nouvelle histoire d'amour assassin est un divertissement lisse, glamour et drôle auquel l'adage "aussitôt vu, aussitôt oublié" s'applique parfaitement. Non pas que le film soit mauvais. Naviguant entre comédie, romance et action, le quatrième long-métrage de Doug Liman ("La Mémoire dans la peau") doit davantage à l'alchimie du casting qu'à la plume de son scénariste dont les partis pris sont plutôt incompréhensibles. Les bonnes idées tournent souvent court pour sombrer dans la facilité. Pourquoi, par exemple, faire cesser l'affrontement entre les deux époux si rapidement alors que leur duel de chien et chat réservait des moments savoureux ? Et pourquoi hâter la révélation de leurs identités respectives là où des chassés-croisés manqués en mission commune auraient pu rendre le récit désopilant et haletant ? Sans parler des inéluctables invraisemblances et des abracadabrantesques (et trop longues) séquences que tout film dit d'action se doit de contenir. Avec au firmament de la surenchère, Angelina Jolie et ses assistantes bimbo mais évidemment très intelligentes, fuyant leur QG à l'aide de fusils-harpons les propulsant vers la tour voisine. Une tâche de sang faisant mauvais genre sur les belles gueules du duo star, les deux personnages principaux ont également cette incroyable capacité à passer au travers des balles tirées par une horde de mercenaires enragés. L'exercice étant évidemment facilité par la propension des méchants à ne pas savoir viser malgré des formations top niveau de tireurs d'élite. Mais que serait un film d'action sans ses héros plus grands que la vie ? Un bon film peut-être. Ce film d'espionnage est une déception donc côté action d'autant que Doug Liman avait fait ses (solides) preuves avec "La Mémoire dans la peau", thriller tendu et parfaitement maîtrisé. Ici, la mise en scène (parsemée de ces petits plans accélérés qui font la marque de Doug Liman) est certes propre et cadrée mais aucun trésor d'originalité ne vient troubler les critères du genre made in Hollywood. Seule scène à sortir quelque peu du lot : la course-poursuite en voiture entre les deux époux et les chasseurs lancés à leurs trousses par leurs agences respectives. Rythmée et trépidante, cette séquence est d'autant plus réussie que le scénariste a su y insuffler beaucoup d'humour, les tourtereaux se révélant leurs véritables passés et histoires familiales entre tirs de balles et cabossages de carlingues. C'est d'ailleurs dans la comédie que réside l'atout majeur du film. Peu importe l'action téléphonée, puisqu'elle n'est qu'un prétexte à une comédie romantique enlevée entre deux têtes d'affiche. Dès la séquence d'ouverture, le ton est donné. Les deux amants déconnectés l'un de l'autre parlent mariage avec une cocasserie et un second degré promettant le meilleur. Elle, impliquée et volontaire, détaille leur vie avec minutie et sérieux là où lui, détaché et décalé, n'est qu'approximation et ironie. Le fossé qui les séparent donne alors lieu à de réjouissants dialogues de sourds. Car Mr et Mrs Smith ont beau être des personnes hors du commun, ils n'en restent pas moins confrontés aux problèmes basiques de lassitude (et de rideaux !) des couples ordinaires. Avec une légère variante les différenciant de Monsieur et Madame Tout le monde : chez les Smith, les scènes de ménage sont aussi explosives (au sens propre du terme) que les prévisibles réconciliations sur l'oreiller sont musclées. La morale est d'ailleurs quelque peu douteuse, ce couple bombesque (dans tous les sens du terme cette fois) retombant amoureux au moment même où ils commencent à s’entre-tuer. Un rien sadomasochiste, ce qui en soi n'est pas nécessairement un mal dans le paysage rose et guimauve des comédies romantiques américaines. Malgré une ou deux répliques légèrement sirupeuses, "Mr et Mrs Smith" a le mérite supplémentaire de nous épargner les habituelles déclarations d'amour grandiloquentes de la romance. La faute à des personnages de poigne bien caractérisés. Elle est froide, maniaque, battante, sensuelle, intelligente et réfléchie. Lui est sexuel, instinctif, parfois neuneu, malin, primaire, spontané et bagarreur (pour la bagarre, on peut noter la référence vestimentaire à "Fight Club"). Rivalisant à armes égales de sexitude, de coolitude et de panache, les deux acteurs ont assurément pris beaucoup de plaisir à jouer ces amants assassins. Le réalisateur s'est d'ailleurs concentré sur cette complicité et cette complémentarité plutôt que de surjouer du sex appeal de ses interprètes. Avec des plastiques pareilles à leur disposition, nombre de réalisateurs auraient versé dans le racolage et la facilité. Mais, en privilégiant le magnétisme naturel et largement suffisant de son casting, le cinéaste ne donne jamais dans la surenchère sensuelle, s'amusant même à tuer le glamour avec les interventions jouissives mais peu sexy de Vince Vaughn. Ce tueur à gages frénétique et survitaminé vivant chez maman dope le film et fait osciller son encéphalogramme parfois trop plat et lassant. "Mr et Mrs Smith" est en effet à l'image du nom de ses héros : populaire mais banal. Pas mauvais, plutôt amusant, vraiment pas mal comme film d'action/thriller/comédie, mais décevant vu l'idée de départ et les talents réunis, devant et derrière la caméra. A noter, la présence au casting de Jennifer Morrison (alias l’héroïne Emma de la série "Once upon a time") qui campe malheureusement ici un personnage très secondaire, voir presque invisible