Out 1 : Noli me tangere
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chrischambers86

16 134 abonnés 13 063 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 9 septembre 2018
Ma pètition pour que ce mètrage hors norme renait de ses cendres a peut-être ètè entendue car ô miracle "Out 1 : Noli me tangere" est sorti miraculeusement en DVD (Import allemand mais V.F, avec ègalement la version courte de "Out One" sous le titre "Spectre", version commerciale de 4h15). Bref, enfin une èdition digne de cette chronique de treize comèdiens qui inventent leurs personnages au fur et à mesure que se dèveloppe une action inspirèe d' « Histoire des Treize » , de Balzac! Autant dire que l'on tient là un des plus grands films français de tous les temps où Rivette a placè la barre tellement haut qu'elle restera à tout jamais infranchissable! il s'agit d'une sèrie de drames articulès autour de thèmes chers à Rivette, la complicitè des êtres et le travail collectif! Si "Out 1 : Noli me tangere" apparaît d'ailleurs si fidèle à l'esprit du thèâtre, c'est que le Rivette s'est attachè à la mise en scène et non pas au texte, aux rèpètitions et non aux reprèsentations! On y voit donc une troupe qui travaille sans savoir si elle dèbouchera effectivement sur un spectacle, l'auteur saisit ainsi le travail de recherche scènique en même temps qu'il expèrimente lui-même un nouveau langage cinèmatographique entre mots inarticulès et scène de transe hallucinante! La dèmarche (thèâtrale) montrèe et celle (cinèmatographique) chargèe d'en rendre compte se trouvent donc recouper des prèoccupations communes qui assurent au film une dynamique particulièrement remarquable! Jean-Pierre Lèaud est dèsarmant de naturel! C'est simple, muni de son harmonica, il ne parle pour ainsi pas pendant la moitiè du mètrage! Mais quand il retrouve la parole, c'est pour par exemple nous sortir la même phrase dans une scène de rue extraordinaire car tournèe en plan sèquence et camèra à l'èpaule : « Treize pour chasser le snark. ils n’auraient rencontrè le Boo–jum qui les vit s’èvanouir. Passe le temps qui les gomma. D’autres treize ont formè un ètrange èquipage. Equipage èquipage èquipage...» Tout comme Lèaud, Michael Lonsdale, Bulle Ogier et Bernadette Lafont se montrent exceptionnels! Mais que dire de l'immense Juliet Berto en maître chanteur douloureusement belle et magique qui n'a pas rèussi dans sa vie personnelle ? Une sorte de « vamp » sortie tout droit d'un film muet de Louis Feuillade dont la prèsence vous poursuivra longtemps après la projection finie! A cet instant, on sent ce que l'on vient de prendre : une prestation d'actrice gigantesque, l'une des plus grandes du 7ème art! L'attente aura ètè, au final, plus que rècompensèe car le plaisir de ce film d'une durèe colossale naît constamment de l'inattendu! A voir absolument en èdition version longue...
 Kurosawa

669 abonnés 1 509 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 13 février 2017
Par où commencer ? Comment synthétiser ce film démentiel qu'est "Out 1 : Noli Me Tangere" ? S'il fallait insister sur un point, ce serait celui de la liberté totale accordée aux acteurs, qui élaborent au fur et à mesure le scénario du film en improvisant les situations et leurs rencontres, celles-ci étant bien décidées par Rivette, qui doit donc adapter sa mise en scène aux choix des acteurs - notamment leurs déplacements. Il y a bien au départ un thème qui sert d'impulsion à l'imagination des comédiens ("L'Histoire des treize" de Balzac) et une configuration des personnages établie avec deux troupes de théâtre répétant chacune une pièce d’Eschyle et deux marginaux qui, chacun de leur côté, mènent leur enquête de façon plus ou moins volontaire et fouillée sur cette société secrète qui serait donc réunie dans le Paris de 1970. Les acteurs construisent la trame et établissent progressivement des liens entre leurs personnages, précisent certaines de leurs intentions sans toutefois rendre très clair le sens de leur organisation. Si tout n'est pas explicité et détaillé, c'est d'une part parce que Rivette laisse hors-champ les prétendus meneurs des "treize", à savoir Igor et Pierre, et d'autre par car il y a inévitablement une difficulté à sans cesse improviser et donc à construire un personnage, à imaginer son passé et ses désirs : ici, non seulement l'acteur est un metteur en scène mais il est aussi un scénariste. Si certains comédiens comme Michael Lonsdale ou Michèle Moretti, dont les personnages sont d'ailleurs les meneurs de leur troupe de théâtre, ont une aisance impressionnante à créer leurs dialogues et à varier leurs registres, d'autres sont parfois en crise d'inspiration. Il faut voir cet échange tendu entre Bulle Ogier et Bernadette Lafont dans la huitième et dernière partie du film, où la scène tient sur une poignée de répliques : les actrices ne savent plus quoi dire mais ce qui rend la scène géniale c'est justement cette incapacité à se réinventer et au fait que Rivette ait compris qu'en faisant durer ce moment, il allait le rendre exceptionnel. Le film comporte une multitude de situations fascinantes, se distinguant soit par leur dimension hypnotique (les scènes de répétitions), leur drôlerie (Léaud et Berto y sont pour beaucoup) ou leur mélancolie, mêle l'art et la vie avec une inventivité et une audace inégalées et permet grâce à une non-direction d'acteurs une constante imprévisibilité. Laissez-vous entraînez par ce projet hors-norme, laissez-vous prendre au jeu par cette entreprise ludique réservant son lot d'émotions : on rit, on vibre et surtout on est dans un état permanent de curiosité, fasciné par ce qui se joue sous nos yeux. Et le plus fou dans cette entreprise qui aurait pu virer au naufrage, c'est qu'elle est d'une cohérence totale, grâce à l'intelligence des acteurs mais aussi à une science inouïe du montage. En effet, Jacques Rivette est bel et bien "out" : hors système et avant-gardiste, il propose un autre cinéma, totalement jubilatoire et bouleversant par sa plus belle déclaration d'amour jamais faite aux acteurs.
Top of the World
Top of the World

90 abonnés 153 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 15 janvier 2017
La première question qui se pose à propos d'Out 1, projet fou excédant douze heures, est : comment aborder une telle cathédrale ? Le découpage en huit parties permet d'accéder assez aisément à ce monument, à condition de ne pas se laisser décourager par le premier épisode, constitué presque intégralement de répétitions/exercices de deux troupes de théâtres. L'intérêt se révèle à la fin de l'épisode, quand les comédiens de la troupe de Thomas font part de leur ressenti concernant leur exercice : le spectateur, qui y a donc assisté, est captivé par ce qui se joue, par ce moment rarissime au cinéma : des personnages-acteurs qui agissent, puis commentent leurs actes. Personnages-acteurs : les personnages sont des comédiens (Lili, Béatrice, Achille...), et surtout, les acteurs (Michèle Moretti, Michael Lonsdale...), laissés libres d'improviser, créent ces personnages. Des séances de répétitions qui se poursuivent par la suite, mais de plus en plus espacées, perturbées par ce qui devient la colonne vertébrale de l'intrigue : l'investigation menée par Colin sur les Treize, organisation post-balzacienne qui semble liée à Mai 68, dont les membres se sont quelque peu perdus de vue et se retrouvent progressivement, rappelés à leur ancien désir (de changer radicalement la société ?) par l'enquête même de Colin. Si "quelqu'un" (le mystérieux Pierre ?) oriente ce dernier sur la piste des Treize, une autre marginale vient, à force de rencontres permises par son vagabondage, à apprendre l'existence de cette société secrète : Frédérique/Juliet Berto, sublime et pathétique à la fois et qui, au cours de son enquête, s'amourache de Renaud, qui a volé un million de francs à Quentin, membre de la troupe de Lili...les fils scénaristiques, pour hasardeux qu'ils puissent sembler, finissent par se croiser (sans s'imbriquer complètement, goût de l'inachevé oblige) de manière vertigineuse, tissant une vaste toile dans laquelle s'agitent une quinzaine de personnages entre Paris et une plage normande. Une toile autant créée (si ce n'est plus) par les acteurs que par Rivette, qui cherche à capter ces moments magiques qu'offrent l'improvisation: les discussions alanguies dans la boutique de Pauline/Émilie (Bulle Ogier) et la conversation tendue entre celle-ci et Sarah (Bernadette Lafont) dans le dernier épisode, scène sidérante où les deux actrices dialoguent pendant dix minutes en répétant jusqu'au malaise trois répliques chacune, en sont de parfaits exemples. Out 1 est finalement plus un film d'acteurs que sur les acteurs - et comment s'exprime un acteur ? Par des scènes. Voilà donc ce qu'on retient avant tout de ces douze heures : des scènes, habitées par des acteurs formidables de drôlerie, de nonchalance et de singularité; c'est l'apparition savoureuse d'Éric Rohmer en spécialiste pédant de Balzac; l'improbable rencontre entre Frédérique et Étienne autour d'un jeu d'échecs; la saisissante déclaration d'amour "indirecte" de Colin à Pauline; Marie allant jusque sur la route pour montrer la photo de Renaud à quiconque le reconnaîtrait, etc. Un vent de liberté inouï souffle sur ce film-monstre léger comme une plume, un peu inégal évidemment, mais surtout incroyablement vivant et stimulant, l'un des plus beaux qu'ait engendré la Nouvelle Vague.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 1 mai 2007
C'est par ce film que j'ai découvert ce que l'on apelle la Nouvelle Vague je crois. La manière dont il nous permet d'approfondir les personnages est aussi belle que les dialogues. L'analyse que les acteurs font de leur propre personnage théatrale est d'autant plus merveilleuse qu'ils sont apparemment improvisés. Donc, tout est de l'improvisation : les acteurs improvisant une analyse sur un jeu lui même improvisé. On parvient à une finalité qui donne une impression de totale liberté et spontanéité, et de réalisme. Malgré les quelques zones d'ombres de l'histoire, ce film apparait comme ancré pofondément dans un réalisme..véritable !
TwinPeaks2003
TwinPeaks2003

5 abonnés 138 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 16 février 2025
Monumentalement fou !

Bon j’ai laissé passer la nuit pour tenter de digérer au mieux, même si ce n’est pas suffisant, ce “Out 1“ de Jacques Rivette. Du cinéma, du pur cinéma pendant près de 13h.

C’est un film à part dans l’histoire du cinéma, bien entendu, par sa durée mais aussi par ce qu’il parvient à faire. On est immergé dans ce Paris post-mai 68. On y fait la rencontre d’une multitude de personnages, de groupes avec chacun leurs histoires, leurs aventures. Chaque personnage est à la recherche de quelque chose, ils ont tous un objectif précis dans leur vie.

Car oui, pour moi, ce film est une véritable ode à la liberté ou du moins essayer d’arriver à être libre. Ça peut s’expliquer notamment lors des cours de théâtre. Les exercices qu’ils produisent, ces performances artistiques peuvent en dérouter plus d’un mais sont d’une utilité indispensable. Chaque exercice permet à un individu de trouver sa voie, son personnage, son identité. Tous ses personnages qui crient sans arrêt surtout dans le premier épisode peut nous faire devenir fous également. On peut se demander, si cette folie n’est pas nécessaire pour nous comprendre. Rejeter tout ce sérieux, ce “poison“, pour ne laisser que ce naturel “fou“ enfoui dans notre esprit.

Justement, en parlant de naturel, j’ai eu l’impression de voir un film vrai c’est-à-dire que je ne voyais pas des acteurs mais des hommes et des femmes comme nous. Il y a une part de vérité, d’authenticité qui se dégage à chaque moment du film. J’e buvais littéralement les paroles des personnages. Je m’en fichais de savoir ce qu’il pouvait dire mais ce qui m’intéressait le plus c’était de savoir comment chacun des protagonistes allait prononcer sa réplique.

La liberté s’illustre par la mise en scène de Jacques Rivette qui laisse ses comédiens improvisaient, occupaient l’espace, être libre de tout mouvement. Ça rappelle énormément son précédent film “L’amour fou“ où le théâtre jouait aussi un rôle tout aussi important. C’est une sorte de prototype de “Out 1“ si vous voulez.

Ce qui est mis en avant par Rivette, aussi, c’est la place de l’argent dans tout ce processus créatif. Peut-on associer argent et art ? Dès que l’argent fait son apparition, il n’y a plus cette envie de créer, de prendre des risques, il y a une remise en question du projet artistique. Le pognon prend le dessus dans notre imaginaire et menace cette liberté de créer.

Ce que je peux regretter, c’est peut être une lassitude surtout vers la fin, il y a une certaine redondance. Cependant, cette oeuvre gargantuesque offre de véritables moments de cinéma, petit florilège: la discussion avec le balzacien Rohmer qu’on écoute avec passion même si je ne suis pas un adepte de la littérature ; la partie d’échec avec Frédérique et Étienne ; les passages où la troupe de Thomas en folie sont à la quête de leurs personnages ; Colin et son harmonica…

Il est temps d’évoquer les comédiens et les comédiennes qui ont mis la barre très très très haute.
D’abord Michael Lonsdale, dans son rôle de chef de file de la pièce sur Prométhée, il est génial en tout points. Sa folie est très hautement transmissible.
Puis il y a Françoise Fabian, malgré qu’on la voit peu, chacune de ses paroles sont délicieuses pour les oreilles.
Il y a également et surtout le grand Jean Pierre Léaud, qui nous a bien berné pendant le premier tiers du film. Même sans parole, il arrive à exprimer quelque chose notamment à travers son harmonica (d’ailleurs des passages très drôles). Peut-être son meilleur rôle tellement il est phénoménal.
J’aurais pu citer aussi l’amoureuse Bulle Ogier, la voleuse Juliet Berto, l’arnaqueur Alain Libolt, la meneuse Michèle Moretti…. quasiment tous ont su comprendre l’importance et l’enjeu de cette oeuvre.

Out 1, je crois, que ce n’est pas seulement un film, c’est un espace de libre création. Une fresque où chacun est libre de peindre, d’apporter sa pierre à l’édifice. Chaque mouvement, chaque interaction, chaque parole… tous ses éléments sont une incitation à la création pure. Comme le dit, Lucie, le personnage qui est joué par Françoise Fabian:
“créer des choses c’est difficile… on n’est incapable de rien créer car nos activités nous entraînent ailleurs, parce qu’on a autre chose à faire de plus intéressant, on se préoccupe de notre propre vie.“
Créer, oui c’est difficile, il faut du temps. J’ai l’envie de dire qu’aujourd’hui on nous gaspille nous-même ce temps si précieux pour ce genre de travail. Il faut réapprendre à imaginer, à concevoir, à essayer, à expérimenter. Il ne faut pas avoir peur de l’échec car on n’y passera forcément tous à un moment donné.
C’est pourquoi le Théâtre est un parfait laboratoire de la création.

Out 1 ou l’oeuvre ultime de l’appel à la création !
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