Quand le producteur Michel Ardan propose à Robert Enrico l'adaptation d'un roman policier de M.G Braun ("L'enfer est au sous-sol" paru en 1954), celui-ci est tout heureux de saisir l'aubaine. Tout d'abord parce que ses deux derniers films n'ont pas eu le succès escompté, ensuite parce que c'est Michel Ardan qui a produit sept ans plus tôt "Les grandes gueules", alors le plus grand succès commercial de la carrière d'Enrico. Le budget se voulant modeste, pas question de prendre des vedettes de tout premier plan pour interpréter la relation d'amitié entre deux amis d'enfance qui n'ayant pas renoncé à leur passion d'adolescents pour les vieilles voitures et les cascades se livrent à de petits casses pour faire bouillir la marmite. Avec son ambiance motorisée rappelant "Les aventuriers", l'entame du film fleure bon les amitiés indestructibles chères à Robert Enrico, thème récurrent de son œuvre. Serge Reggiani qui était déjà de la partie en 1965 dans un tout autre rôle est ici la tête d'affiche aux côtés de Jean Bouise et de Michel Constantin. L'aventure ne conduira pas l'équipe jusqu'aux côtes exotiques du Congo mais tout simplement dans une banque de banlieue pour un dernier coup qui tournera mal. Le rêve de retraite dorée en Australie est dores et déjà un peu compromis. Mais Thia (Serge Reggiani) qui a perdu ses deux amis doit désormais mettre en sécurité la fille (Juliet Berto) de Murelli (Jean Bouise) et Jock (Patrick Bouchitey), un vagabond qu'il a décidé de prendre sous son aile après le coup de folie qui l'a vu dans un bar tuer d'un coup de fusil sa femme et son amant. Le film se transforme dès lors en course poursuite pour tenter de rejoindre Cherbourg et le bateau qui mènera Thia et les deux jeunes amants vers l'Angleterre, première étape avant l'Australie. L'idée de mêler action et romance tombe malheureusement un peu à plat, le film reposant soudain lourdement sur les épaules encore un peu frêles de Juliet Berto et de Patrick Bouchitey. L'idée de se passer aussi vite de la présence de Jean Bouise et de Michel Constantin n'était sans doute pas la meilleure. Pour meubler quelque peu la vacuité du propos et surtout son invraisemblance, Robert Enrico introduit quelques scènes de diversion qui là encore tombent à plat, notamment l'évasion champêtre de Jock se transformant en immense partie fine une fois tous les prisonniers évadés. Robert Enrico voulant se saisir de l'esprit libertaire de mai 1968 s'engage sur un terrain qui n'est pas le sien et délivre au final une resucée de "Bonnie and Clyde" (Arthur Penn en 1967) plutôt indigeste. Il faut donc mieux revoir "Les grandes gueules", "Les aventuriers" ou "Le vieux fusil" pour apprécier le talent de ce réalisateur emblématique des années 1960 et 1970 aujourd'hui un peu oublié.