Avec The Amateur, James Hawes signe un thriller tendu, élégant et profondément humain, porté par un Rami Malek impressionnant de justesse. Le film s’inscrit dans la tradition du cinéma d’espionnage, tout en bousculant les codes habituels du genre avec une finesse rare.
Charles Heller, modeste analyste de la CIA, voit son quotidien méthodique s’effondrer lorsqu’il perd sa femme dans un attentat terroriste. Cloîtré depuis toujours dans un bureau sombre, à analyser des données cryptées, il est brusquement projeté dans un monde qu’il n’a jamais affronté autrement qu’à travers un écran. Sa quête de vérité et de justice va le mener aux quatre coins du globe – de Londres à Paris, d’Istanbul aux zones grises du renseignement – mais aussi aux confins de lui-même.
Ce qui distingue The Amateur des productions musclées à la sauce Jason Statham ou Steven Seagal, c’est justement son refus de se plier aux codes éculés du genre. Le héros ici n’est ni un vétéran bardé de cicatrices, ni une machine à tuer ; c’est un "geek", un analyste cérébral, dépassé physiquement par les événements mais qui va s’en sortir en misant tout sur la logique, la stratégie, et l’instinct. Malek, comme toujours, habite son rôle avec une nervosité contenue, une fragilité palpable qui rend son personnage d’autant plus crédible.
La mise en scène, sobre et tendue, privilégie l’immersion à l’esbroufe. James Hawes joue avec les silences, les regards, les failles intérieures. Le monde de l’espionnage qu’il dépeint est complexe, opaque, souvent déshumanisé – un contraste saisissant avec le parcours profondément personnel de son héros.
Mais à mesure que Heller progresse dans sa traque, un glissement s’opère. Son obsession, nourrie par le deuil, l’intelligence et une colère froide, le pousse à franchir des lignes qu’il n’aurait jamais imaginé toucher. Le film, sans jamais insister, interroge subtilement : à force de vouloir se faire justice, que devient-on ? À quel moment cesse-t-on d’être différent de ceux qu’on poursuit ?
The Amateur est une réussite rare : un thriller d’espionnage qui parle autant au cœur qu’à l’esprit, où l’action laisse place à la tension psychologique, et où la vengeance devient un miroir trouble. Un film à la fois classique dans son fond et audacieusement moderne dans sa forme.