Divin
Je tiens Pablo Larraín pour un des meilleurs cinéastes sud américains. Je crois avoir vu pratiquement tous ses films depuis 2010 et son étonnant Santiago 73 post mortem, certainement la vision la plus originale et iconoclaste de l’arrivée au pouvoir de la junte de Pinochet. Depuis, il ne m’a jamais déçu. Même s’il a abandonné la face militante et engagée de son cinéma pour se tourner vers le biopic- ces 123 minutes sont le 4ème du genre après Neruda, Jackie et Spencer -, j’aime toujours autant ses films inspirés et virtuoses. La vie de la plus grande chanteuse d’opéra du monde, Maria Callas, lors de ses derniers jours, en 1977, à Paris. Un pur chef d’œuvre consacré à une des plus grandes artistes du 20ème siècle.
Force est de constater que la mode est au biopic. En attendant Bob Dylan, et après Maria Schneider, Pierre Bonnard, Bob Marley, Niki de Saint Phalle, Sarah Bernhardt, c’est donc le tour de la Callas de passer au révélateur de la caméra. Contrairement, aux deux derniers cités, qui réussissaient à parler d’une sculptrice et d’une star du théâtre sans jamais montrer ni sculptures ni une scène de théâtre – un exploit en soit, mais qui nuisait totalement à l’intérêt desdits films -, Pablo Larrain, lui, ne se prive pas – et ne nous prive pas -, de faire de son biopic, un film musical… Et quel régal ! Certes, mettre en images, la dernière semaine de la diva et l’illustrer avec Verdi, Bellini ou Puccini, avouez qu’il y a pire. Ce joyau de mise en scène met en valeur le scénario de Steven Knight – rendu célèbre dans le milieu de la télévision pour avoir créé et scénarisé l'émission Who Wants to Be a Millionaire ?, « Qui Veut Gagner des Millions ? » in french, à la fin des années 1990 – qui réussit, ici, un véritable tour de force : raconter une bonne partie des blessures, des traumatismes vécus par Maria Callas durant son existence, par des retours en arrière d’une finesse rarement atteinte. Même le choix des arias chantés durant ce film ne s’est pas fait au hasard. Car ils interviennent à des moments précis du récit, comme si les tragédies dans lesquelles elle jouait sur scène étaient inextricables de ses propres drames. C’est virtuose et sublime à la fois. Pas un plan n’est anodin, - la photographie de Ed Lachman tient du miracle -, et surtout l’émotion est là, permanente, prégnante, totale. Pablo Larrain est un immense cinéaste. Espérons que cette merveille – qui ne sort sur nos écrans que le 5 février – rencontre son public.
L’autre grande surprise est le choix d’Angelina Jolie pour le rôle titre. Elle est parfaite, d’une sobriété sans nulle autre pareille et autant que faire se peut dans la peau – et même parfois dans les vrais vêtements de la diva -, d’un personnage aussi excentrique que pouvait l’être Callas. De plus, c’est bien elle qui chante, - le réalisateur ne voulait pas de playback sur le tournage -, après 7 mois de cours à adopter une bonne posture, à travailler sa respiration et à maîtriser son accent. Même si sa voix est mixée avec celle de la cantatrice, c’est un véritable exploit, dont elle ne se croyait pas elle-même capable. Auprès d’elle, le couple de majordome et femme de chambre, Pierfrancesco Favino et Alba Rohrwacher, - méconnaissable-, sont bouleversants. Certainement, à la fois, le plus beau biopic que j’ai vu et une des très grands films de ce début d’année. Quand on pense que Pablo Larrain était en compétition à Venise, qu’il revient bredouille et que c’est Almodovar qui a été primé ???