En quarante ans de carrière et 26 films, Claude Zidi n’aura mis en scène que des comédies hormis un polar plutôt moyen (« Profil bas » en 1993) et une comédie dramatique (« Deux » en 1989) de très bonne facture, laissant entrevoir une facette méconnue du talent de celui qui était en 1989 considéré comme le plus symbolique représentant du cinéma populaire méprisé par la critique. Il faut reconnaître que les quatre films tournés avec les Charlots au début des années 1970 ne sont pas entrés dans les annales. « Deux » a donc été complétement ignoré à sa sortie malgré la présence au générique de Gérard Depardieu alors au sommet de son talent et de sa notoriété. La critique n’avait sans doute pas pardonné à l’ « amuseur » d’avoir vu « Les ripoux » lui permettre de faire la nique à Alain Resnais, Francesco Rosi, Eric Rohmer et Bertrand Tavernier, en remportant en 1985 un César du meilleur film et du meilleur réalisateur. Après avoir été le premier à mettre à l’honneur un film comique, Monsieur Zidi n’allait tout de même pas espérer venir jouer sur un terrain qui n’était pas le sien. Il fallait donc le cantonner dans son pré-carré. Sagement le réalisateur déçu est revenu dans son couloir en réalisant à la suite « Ripoux contre ripoux » (1989). C’est donc avec le temps que le film a conquis ses adeptes. Scénarisé par Zidi lui-même avec l’aide de Catherine Rihoit, « Deux » bénéficie de la présence lumineuse de Maruschka Detmers repérée six ans plus tôt par Jean-Luc Godard qui en avait fait son héroïne de « Prénom Carmen » (Lion d’or à Venise). Sa filmographie s’est poursuivie avec des réalisateurs aussi intellectuels et subversifs que Jacques Doillon, Marco Bellochio ou Marco Ferreri. Elle incarne ici Hélène, une jeune patronne d’agence immobilière en déshérence sentimentale qui succombe au coup de foudre lorsqu’elle rencontre Marc Lambert (Gérard Depardieu), un musicien classique au tempérament volage, reconverti dans l’organisation de concerts. Claude Zidi utilise à merveille la personnalité volcanique des deux acteurs dont la complémentarité fait mouche. Alors qu’ils sont encore dans la fusion des corps, la jeune femme envisage un possible prolongement de cette extase dans la durée. Le séducteur assumé semble tout d’abord surpris puis intrigué. Le film dont l’entame a été parfaitement menée, permettant de crédibiliser le propos, déroule de manière très fluide la confrontation de deux êtres certes éperdument amoureux mais aussi craintifs de se dissoudre mutuellement dans la routine du mariage. Maruschka Detmers qui n’a peut-être jamais été aussi belle, confirme qu’elle est une grande actrice, sorte de Penelope Cruz avant l’heure, capable de faire passer toutes les émotions derrière un regard de braise. Quant à Depardieu il est parfait dans la position de célibataire machiste et endurci qui consent au mariage si toutes les concessions sont issues du camp d’en face. Un film féministe écrit à deux mains qui rappelle que l’égalité entre les sexes n’est pas synonyme de fusion dans un troisième.