Olmi ! Sort de ce corps !
Les cinéphiles se souviendront sûrement du chef d’œuvre d’Ermanno Olmi, L’Arbre aux sabots ( Palme d’Or 1978). 47 ans après, la réalisatrice italienne Maura Delpero remet le couvert. Au cœur de l’hiver 1944. Dans un petit village de montagne du Trentin, au nord de l'Italie, la guerre est à la fois lointaine et omniprésente. Lorsqu'un jeune soldat arrive, cherchant refuge, la dynamique de la famille de l'instituteur local est changée à jamais. Le jeune homme et la fille aînée tombent amoureux, ce qui mène au mariage et à un destin inattendu… D’emblée, constatons que ce drame a reçu le Grand Prix du Jury à Venise. Oui ! Ce film est visuellement magnifique, mais aussi magnifiquement ennuyeux. Le fond et la forme encore une fois ne sont pas en adéquation.
Il s’agit donc de l’histoire d’un amour naissant suivant les hauts et les bas de la vraie vie – la mort, la trahison… Le contexte de la fin de guerre dans un coin plus que reculé des montagnes du Trentin – Vermiglio est le nom du village natal de la réalisatrice -, reste très lointain et laisse à penser que ce film pourrait se passer à peu près n’importe où. C’est une histoire d’enfants et d’adultes, entre morts et naissances, déceptions et renaissances, de leur union dans les virages de la vie, de leur chemin de la collectivité à l’individualité, une sorte d’hommage à la mémoire collective. La photo, les lumières, les cadrages, les costumes, les paysages… tout est admirable. Chaque plan est digne d’une toile de maître. Mais, comme je le dis souvent, ça ne suffit pas à faire un film. Celui-ci est d’une lenteur inouïe et ne raconte, somme toute, pas grand-chose. Tous ces gens sont taiseux, accablés en permanence par je ne sais quel destin contraire. Et pourtant, les histoires et intrigues – et sous-intrigues -, quotidiennes d’un couple et de ses neuf enfants s’entremêlent, oscillant constamment entre documentaire et fiction. Hélas pour l’émotion, le naturalisme prend largement le pas sur le romanesque. Et dans ces conditions, le temps peut paraître long. Mais ne nous méprenons pas, c’est du très grand cinéma si on est amateur de contemplatif et d’infini lenteur.
Tommaso Ragno, remarquable acteur italien, qui a déjà tourné avec les plus grands cinéastes de son pays, comme Morettiou Martone, est remarquable et donne le ton au film. Les autres, Giuseppe De Domenico, Roberta Rovelli, Martina Scrinzi, sont quasiment inconnus. Il semble que rien n’ait bougé depuis Olmi dans le cinéma, dans le rendu c’est le même rustique, le noueux rural, les mêmes beautés paysannes reprises aux tableaux d’un Le Nain, et donc un académisme séduisant mais qui manque d’émotion. J’aurais tant voulu adorer ce film.