Howard Hawks signe en 1936 "Les chemins de la Gloire", où il nous emmène sur le front de la Première Guerre mondiale suivre un capitaine malade mais brillant et respecté qui va voir arrivé un officier tombant amoureux de son amie infirmière.
Hawks mêle film de guerre, d'homme et de famille. La guerre est omniprésente et horrible, obligeant les soldats à régulièrement aller combattre les allemands et voir la cruauté et l'horreur de la guerre mais c'est aussi un film où les hommes sont face à leur destin, vivent avec la peur de la mort chaque jour. Hawks dresse un portrait de certains d'entre eux, notamment un capitaine solitaire et alcoolique qui n'a qu'une infirmière pour lui donner quelques moments de gaieté dans sa vie. Un capitaine respecté et dur, qui va d'abord voir un officier venir face à lui, puis son père voulant se battre sous les ordres de son fils.
Et c'est assez brillamment que Hawks met toutes ces histoires en parallèle et livre un film où il retranscrit toute l'horreur et les particularités de la guerre et des humains mais aussi toute l'émotion autour de ce triangle amoureux qui se met peu à peu en place. Bénéficiant d'une belle qualité d'écriture (dialogues, personnages...), il nous emmène au cœur de cette guerre entre caserne et discours mais toujours d'un point de vue humain, on ne voit d'ailleurs quasiment jamais les allemands. C'est l'horreur de perdre des camarades et amis, de les voir souffrir, de se battre et d'y jouer sa vie qu'il met en avant. L'héroïsme est présent, parfois de manières totalement désespérées et jamais traité avec lourdeur. L'histoire prend quelques chemins inattendus pour finir avec un final tragique et réussi où Hawks en fait là aussi ressortir toute l'émotion. Le triangle amoureux n'est jamais omniprésent mais sait se faire touchant car bien traité, avec en plus quelques très belles scènes, telle cette rencontre dans un sous-sol sous les bombardements...
Bien rythmé, "Les chemins de la gloire" bénéficie d'une belle mise en scène d'Hawks, qui donne de la tension aux moments propices et de l'émotion à d'autres. Le récit est bien construit et, tout en s'attardant sur le capitaine, donne de l'importance aux autres personnages. C'est aussi vis-à-vis de ces grands tableaux de soldats poilus (et il porte bien ce surnom !) que le film sait se faire saisissant à l'image des divers grands discours ou le portrait de ce sergent. Hawks filme la guerre de manière assez sombre, usant d'une belle photographie en noir et blanc et d'un jeu d'ombres se rapprochant parfois de l'expressionnisme. Dans l'ensemble les interprétations sont bonnes et les acteurs savent se fondre dans les rôles de soldat, à l'image d'un très bon Warner Baxter et d'une mignonne June Lang au visage inoubliable.
Hawks livre là un grand film de guerre à hauteur d'homme en y mêlant héroïsme, émotion et horreur, dans une période où la peur de la mort, tout comme la cruauté humaine et de la guerre, est omniprésente...