Après nous avoir brièvement briefé, par l’intermédiaire d’un texte écrit, sur la guerre civile qui a déchiré la Centrafrique de 2013 à 2015, avec les affrontements entre Seleka et Anti-Balaka, le film nous conduit au 12 mai 2014 et à la rencontre entre une patrouille de militaires français avec un groupe anti-balaka. Dans le pick-up 4×4 de ce groupe, sous une bâche, 5 corps : une femme blanche entourée de quatre hommes noirs. Cette femme blanche, c’est Camille Lepage, une photographe française de 26 ans dont le film va nous faire suivre l’histoire du 7 septembre 2013, au Festival de photojournalisme de Perpignan, à ce tragique 12 mai 2014.
Camille est jeune et c’est une femme dans un milieu d’hommes : pas facile pour elle de se faire accepter, pas facile de trouver des journaux ou des revues acceptant d’acheter ses photos. Dans un conflit dans lequel il n’est de toute façon pas facile d’opérer en tant que journaliste ou photographe, dans lequel on peut facilement être accusé, en tant que français.e, de chercher à perpétuer une forme de colonialisme ou, pire encore, d’espionner pour le camp adverse, il est encore plus difficile d’être à la fois photographe ET femme blanche. Face à ces difficultés, Camille a sa propre personnalité, sa propre sensibilité, lesquelles sont à la fois positives et négatives : sa générosité, son empathie envers la population africaine lui permettent de nouer plus facilement des contacts mais la rendent aussi plus fragile face à l’émotion. Camille a le sentiment que son métier lui permet de rencontrer des gens mais, comme lui dit un collègue, « Tu ne rencontres pas les gens, tu es d’un côté de l’objectif, eux sont de l’autre ». En fait, la générosité et l’empathie de Camille viennent aussi côtoyer une forme de naïveté qui l’entraine vers des comportements à risque. Il n’est en plus pas impossible qu’elle ait cherché en permanence à prouver sa légitimité de photographe de guerre à ses collègues masculins ainsi que son courage à la population africaine.
Dans "Camille", Boris Lojkine utilise à plusieurs reprises des photos prises par Camille Lepage. Il va même plus loin : il a fait en sorte que ces photos rentrent dans la narration, il les a utilisées, en quelque sorte, pour fabriquer certaines scènes de fiction, allant jusqu’à demander à Elin Kirschfink, sa Directrice de la photographie, d’être proche, dans sa manière de filmer, de la manière de photographier de Camille, que ce soit dans la position ou dans les focales adoptées. Son objectif : que l’on passe, sans qu’on s’en aperçoive, de la photo à l’image filmée.
Parmi les points forts du film, Prix du public au dernier Festival de Locarno, il faut noter l’extraordinaire prestation de Nina Meurisse, l’interprète de Camille. Cette jeune comédienne était déjà remarquable dans des seconds rôles ("Une vie", "Lulu femme nue", …), elle est plus que remarquable dans ce film dans lequel elle ne quitte presque pas l’écran. A ses côtés, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini, Grégoire Colin et Augustin Legrand sont tout à fait crédibles dans leurs rôles respectifs : pour Fiacre, Cyril, un étudiant auquel Camille s’est attaché, reporters de guerre pour les autres. Quant à la mère de Camille, un tout petit rôle, c’est Mireille Perrier qui l’interprète et cette grande actrice arrive à faire passer énormément d’émotion en quelques secondes.