Il est assez délicat d’apprécier une comédie qui, à quelques rares exceptions près, n’a pas su faire rire. La faute à qui ? au film ? au spectateur ? D’autant que le long métrage a l’intelligence d’organiser sa comédie comme une opération militaire où les répliques sont des duels, où le rythme des manœuvres est orchestré et ne laisse pas de place au hasard, où les protagonistes s’affrontent et affirment dans ce choc leur identité profonde. Toutes les conditions sont réunies pour faire d’En Liberté ! une franche réussite. Mais fallait-il néanmoins que l’ensemble soit aussi balourd ? Les moments de grâce se comptent sur les doigts d’une main – il y aurait sans doute la romance dans le train fantôme, le braquage qui dégénère etc. – et sont constamment rattrapés par un gag, une bonne grosse blague qui envoient valser poésie et spontanéité, qui font peser sur elles une surcharge pseudo-comique qui tue dans l’œuf la « liberté » annoncée par le titre. Car si liberté il y a ici, elle est à chercher du côté non pas du film en tant que tel, tristement programmatique – il suit un cahier des charges dicté par le réalisateur –, mais du côté de son écriture qui n’hésite pas à faire feu de tout bois, gonfler les situations, exagérer, parodier. Dit autrement, les intentions relèvent de la liberté ; mais leur application, leur conversion à l’écran ne fait que recycler des postures empruntées à droite à gauche, au service d’une comédie d’action guère originale et répétitive. L’écriture s’amuse, les acteurs semblent s’amuser eux aussi. On est content pour eux. Il n’empêche que la mise en scène, si elle propose quelques idées intéressantes, notamment une construction des scènes en écho les unes des autres, n’affirme pas de parti pris esthétique ou narratif audacieux, que la prise de son est calamiteuse et nuit grandement à l’immersion du spectateur – on entend un mot sur deux –, que les acteurs sont inégaux et paraissent contraints de surjouer, ce qui ne sied guère à Pio Marmaï, pour n’en citer qu’un, que la musique assomme et encombre grandement les séquences qu’elle accompagne (écrase serait plus juste). Sauvé par son fond mélancolique qui lui confère une certaine identité, En Liberté ! reste captif des conventions de la comédie d’action et refuse toute sortie de route apte à dynamiser voire complexifier sa structure. Un film hautement surestimé.