Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "L'Histoire de l'Amour" et de son tournage !

Au commencement

Ce sont les producteurs Marc-Antoine Robert et Xavier Rigault qui ont proposé ce projet d'adaptation du livre de Nicole Krauss à Radu Mihaileanu (qu'il avait lu trois ans plus tôt). Le metteur en scène confie l'avoir adoré mais sans toutefois se poser la question de l'adapter. Il se rappelle :

"Je relis donc le livre beaucoup plus attentif à sa narration complexe, déstructurée et très littéraire, qui me posait des questions par rapport au langage cinématographique. Comme la lecture m’enthousiasme à nouveau, je demande un temps de réflexion : ce qui me semble essentiel, c’est de savoir comment entrer dans l’histoire et comment organiser le récit, sachant qu’il y a deux, voire trois histoires parallèles. Et comment, sans briser l’identité et la force du livre, le rendre accessible à une écriture cinématographique."

Changement de registre

Si Radu Mihaileanu a toujours réalisé des films militants, avec L'Histoire de l'Amour le metteur en scène change de registre puisqu'il s'agit d'une histoire d'amour au sens le plus classique du terme. Il justifie ce choix :

"Il me semble qu’aujourd’hui la plus grave et profonde crise que l’humanité traverse – qui engendre toutes les autres – est l’incapacité d’aimer l’autre. Nous vivons une époque où l’amour de soi triomphe sur le projet de vie d’avoir la joie et la satisfaction de faire du bien à l’autre, de croire en l’autre. Parfois l’amour semble désuet, dégradant, ringard, « conservateur ». J’ai adoré défendre ces dinosaures utopistes qui se battent pour le sentiment amoureux, pour l’amour qui aide à survivre à tout."

Difficultés d'adaptation

Cette adaptation du roman de Nicole Krauss a posé plusieurs difficultés narratives, comme le danger de ne pas reconnaître les mêmes personnages jeunes et âgés ainsi que le fait de naviguer d’une époque à l’autre et du village polonais d’avant-guerre au New York de 1946, 1957, 1995, 2006, puis au Chili.

Place à l'humour

Radu Mihaileanu confie qu'il ne pouvait pas traiter autrement cette histoire qu'avec beaucoup d'humour, lequel est perçu comme une manifestation de ce désir fou d’aimer les humains et d’aimer la vie : "L’humour est ma soupape de survie : il fait partie de notre identité, de nos traditions juives, familiales, arme contre la dictature et il a adouci mon destin d’immigré. En Roumanie, on a survécu à la folie grâce à l’humour. On le retrouve partout dans l’identité juive."

Côté BO

Radu Mihaileanu collabore avec le compositeur Armand Amar depuis Va, vis et deviens sorti en 2005. Les deux hommes ont pour habitude de chercher l'identité musicale d'un film avant son tournage, ce qui a encore été le cas avec L'Histoire de l'Amour. Pour ce dernier, ils ont opté pour la clarinette, le violon et les cuivres avec rythmique répétitive de cordes en crescendo. Le cinéaste développe :

"La clarinette identifiait le passé, le shtetl, rappelait la musique klezmer. Elle apportait à la fois la joie et la nostalgie. Le violon joué à la Oïstrakh, avec des notes tenues, nous plongeait dans l’épique. Le répétitif des cordes et les cuivres sont devenus le thème du déluge. Après le tournage, d’autres thèmes se sont imposés : le thème de l’amour au piano, du jeu des doigts et des mains qui se rejoignent, le chant en yiddish, témoin d’un monde disparu, le thème d’Isaac, le fils. Et l’idée de construire un dialogue parfois conflictuel, à l’intérieur du même morceau, entre une musique fragile, joyeuse, remplie d’espoir (le thème de l’amour, le piano) et une musique ample, dramatique, très symphonique (le thème du déluge, orchestre avec cuivres qui exprimaient le déchirement). Comme une dispute entre la tragédie et l’espoir."

Le thème du déluge

Le cinéaste Radu Mihaileanu explore le thème du déluge avec L'Histoire de l'amour et rend hommage à son père : "Ce thème du déluge est développé comme une rhétorique, il revient de temps en temps, accompagné de son thème musical (partition pour cuivres) où l’on sent que la vie se déchire comme un tonnerre pour mieux renaître par la suite. Le déluge est intimement lié au thème de la survie. D’ailleurs, l’un des personnages principaux est celui qui a survécu à tout : il ressemble à mon père qui, à 95 ans, a tout traversé : l’extrême-droite roumaine d’avant-guerre, le nazisme, un camp de concentration, le stalinisme, Ceausescu, l’immigration… À l’image du personnage de Léo qui a cette capacité à renaître grâce à l’amour, mon père est animé par l’amour des gens et de la vie. Il est capable de la folie et de la pitrerie la plus drôle parce qu’il a touché le fond et qu’il a toujours été sauvé du déluge par l’humour et l’amour des autres. Il est habité par la tragédie mais il a en lui ces antidotes magnifiques qui le sauvent des eaux."

Pourquoi Chinatown ?

Radu Mihaileanu explique les raisons pour lesquelles il a choisi de faire habiter le personnage principal, Léo, à Chinatown : "Je cherchais le quartier où Léo, lui-même assez pauvre, pouvait vivre depuis des années. Dans le livre, cela n’est pas spécifié. Je suis allé d’abord tout au nord de Manhattan, quartier habité par une petite communauté de vieux Juifs très pauvres. Esthétiquement le quartier ne me satisfaisait pas, il ressemblait à toute cité miséreuse du monde avec ses immeubles de cinq à dix étages. Je ne voulais pas que Léo habite dans Brooklyn, le quartier de la jeune Alma. Je souhaitais deux univers différents. (...) Lorsque je revenais encore et encore à Lower East Side si chargé d’histoires juives, on me rappelait : « Il n’y a plus de Juifs, ce n’est pas crédible. » Voyant la grande synagogue abandonnée, j’ai eu l’idée que Léo devait vivre là, il était le dernier Juif de Chinatown pour être très proche géographiquement de l’appartement où vivait Alma. Il a survécu aussi à l’arrivée des Chinois dans le quartier. Il vit dans une sorte d’enfer quotidien, plein d’adversité, le métro passant jour et nuit sous sa fenêtre, le son des musiques et des télés l’entourant, mais il se croit aussi au paradis puisqu’il est tout près d’elle. C’est passionnant d’apprendre comment les lieux sont imprégnés de couches de destins et d’identités."

Travailler la mise en scène

Radu Mihaileanu revient sur sa manière de travailler la mise en scène sur le plateau : "Avec Laurent Dailland, le chef opérateur, Jean-Paul Mugel et Selim Azzazi, ingénieur et monteur son, nous nous sommes beaucoup interrogés sur le traitement stylistique des époques. Nous avons tenté d’identifier chaque époque de manière délicate. Pour Léo, la Pologne d’avant-guerre est une période paradisiaque où Alma est sa muse et son « éditrice ». Elle l’encourageait à développer son talent d’écrivain. La consistance et densité de l’image et du son évoluent au fil des années et se font de plus en plus agressives. Sur le plan chromatique, on a traité le shtetl comme en 35mm, le beau Kodak des temps anciens, et New York du début des années 50 (en adoptant pour cette époque une colorimétrie proche du Technicolor) jusqu’à nos jours avec une image de plus en plus dure, à la limite de l’image numérique. Le son aussi, devient de plus en plus chargé, car c’est l’évolution historique de nos cités."

Sophie Nélisse, une jeune actrice à suivre

La jeune actrice canadienne Sophie Nélisse, révélée dans Monsieur Lazhar et vue récemment dans La Fabuleuse Gilly Hopkins, tient le rôle d'Alma Singer dans le film : "C’est une actrice promise à un brillant avenir. Je suis toujours enchanté de travailler avec de jeunes comédiens. C’est ce qui donne de l’énergie aux acteurs plus chevronnés que nous sommes", confie son partenaire à l'écran Derek Jacobi. "D’emblée, j’ai été très intéressée par la complexité de l’intrigue. Ce qui m’a plu, c’est qu’il y ait deux histoires différentes qui se rejoignent vers la fin. J’ai aussi été sensible à mon personnage et j’ai aimé sa force de caractère comme sa fragilité. Quand j’ai passé mon audition, je ne connaissais pas Radu Mihaileanu mais ensuite j’ai vu la plupart de ses films comme Va, vis et deviens : j’ai été très impressionnée et j’ai tout de suite vu que c’était un grand metteur en scène", précise la comédienne.

Gemma Arterton renoue avec ses racines juives

La belle actrice britannique Gemma Arterton campe Alma Mereminski dans le film. Elle revient sur son implication sur le projet : "J’ai commencé par lire le scénario ainsi qu’une lettre que Radu Mihaileanu m’avait envoyée. Je me suis dit que cette histoire était d’une ampleur et d’une beauté extraordinaires. À cette époque, je recherchais un projet racontant une grande histoire d’amour. Pour moi, le film est avant tout une histoire d’amour se déroulant sur 70 ans mais elle est aussi ponctuée d’humour. Ce qui m’a séduite, c’est la perspective de camper un personnage de 18 à 75 ans et de renouer avec mes origines juives polonaises", indique la comédienne. "J’ai travaillé avec une formidable répétitrice. J’ai visionné de très nombreuses interviews d’immigrés juifs polonais. J’ai écouté de la musique yiddish. J’ai répété avec un prof de yiddish et j’ai consacré beaucoup de temps à apprendre plusieurs textes en yiddish. J’ai aussi lu des ouvrages sur la Shoah et surtout sur les vagues de migration des Juifs", ajoute l'artiste.

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