Je le dis d’emblée, je ne suis pas très James Bond.
Je n’ai vu que 4 James Bond au cinéma et suis ressorti à chaque fois peu emballé.
A la téloche, l’espion 007 n’est donc pas ma priorité. Je peux même m’en passer.
Puisque j’ai la possibilité de tous les voir, je vais me contraindre à parfaire ma culture 007.
D’où une naïveté parfois volontaire et sincère.
« Mourir peut attendre »
Réalisé par Cary Joji Fukunaga, est le 25ème et dernier James Bond à ce jour. Evidemment, je ne l’avais pas vu au cinoche, soit 20 sur 25.
Et maintenant que j’arrive au terme de mon voyage bondien, je peux l’avouer, le 4ème James Bond vu au cinéma après « Goldfinger » dans un cinéma Art et Essai, « Rien que pour yeux », « Dangereusement vôtre » est : « Jamais plus Jamais ».
Je l’avais vu à sa sortie pour Sean Connery tout en ignorant qu’il ne faisait pas partie de la liste officielle.
Si je ne me rappelle plus du film, je me souviens avoir été déçu de ne pas entendre le célèbre thème 007 signé John Barry.
Maintenant, je sais pourquoi.
J’ai enchaîné les 25 épisodes depuis mai et reconnais que la saga James Bond vaut le coup d’être vécue ! Et le fait de les enchaîner sans m’influencer d’articles de presse, le fait d’analyser volet par volet me permet d’apprécier une saga que j’ai longuement, volontairement et bêtement dénigrée sans aucun discernement.
Comme à l’image de « Quantum of solace » qui est la suite directe de « Casino Royale », « Mourir peut attendre » est la suite de « 007 Spectre » dans la mesure où James Bond coule des jours heureux avec Madeleine Swann.
De la scène d’introduction où l’on revit le traumatisme de Madeleine adolescente à la confrontation entre James Bond et Blofeld, le récit est captivant.
Concernant la scène d’introduction appelée pré-générique, elle s’étire sur près de 20 minutes !
Dans les nouveaux locaux du MI6, James Bond décline son identité à un agent d’accueil !
J’attends toujours le moment où il va se présenter et à qui et dans quelle circonstance.
D’habitude, il se présente à une Girl ou au méchant de service.
Décidément le reboot me surprend.
Trahison rime avec répétition et interprétation.
En effet, une nouvelle fois, James Bond va se sentir trahi par la femme qu’il aime.
Encore une fois, l’histoire se répète.
Encore une fois, James Bond est dans l’interprétation.
Apparemment, avec ce reboot, la franchise veut bien ancrer James Bond dans un certain réalisme en le rendant plus accessible au spectateur, comme sensible, vulnérable, mais elle se refuse à lui accorder une relation durable avec une Girl !
Par le passé, la saga ne s’est -elle pas empressée de tuer Tracy, tout juste mariée à James Bond ?!
Ce n'est pas une question de reboot.
Concernant la trahison - répétition - interprétation, James Bond se rend à la nécropole de Matera sur invitation de Madeleine. Devant la sépulture de Vesper, James Bond se plie à une coutume ; il enflamme un petit mot dans lequel il écrit : « Forgive me ».
Et non « I forgive you ».
Dans les épisodes précédents, Mathis et M (Judy Dench) invitaient James Bond à pardonner Vesper, or, il s’avère que c’est James Bond qui demande à être pardonné.
Se sentirait-il responsable de sa mort après toutes ces années passées ?
S’en veut-il d’avoir douté du comportement de Vesper ?
Après le générique qui sert d’ellipse temporelle, le spectateur retrouve James Bond cinq années après à la Jamaïque d’où il s’est retiré. La visite de Felix Leiter, toujours interprété par Jeffrey Wright, va le relancer dans l’espionnage pour le compte de la CIA et non pour le compte du Service Secret de Sa Majesté.
Bond doit se rendre à Cuba où il prend contact avec Paloma. Une Girl de rêve en robe de soirée très échancrée laissant apparaître les contours de sa poitrine.
Elle le mène dans une cave à vins ; on perçoit très finement la méprise de Bond quand Paloma s’empresse de déboutonner sa chemise. Paloma, désolée d’avoir été maladroite, lui passe un costume qu’il doit endosser pour se rendre à une soirée membres du Spectre.
Incroyable : James Bond invite Paloma à se retourner le temps de se changer !
Jamais ô grand jamais, de Sean Connery à Pierce Brosnan, on aurait vu un 007 pudique ou faussement pudique ! Il aurait pris plaisir à exhiber son corps avec un sourire badin dans l’espoir de voir la Girl se ruer sur lui !
Tous deux ont pour mission d’extrader un biologiste nommé Obruchev, un savant biologiste timbré qui a le génie d’avoir conçu une arme biologique, un virus qui s’attaque à l’ADN parce que codé. Ainsi son virus peut cibler des individus précis.
L’espionne Paloma est interprétée par Anas de Arma. Une Girl étonnante !
On découvre ce bout de femme, timorée et excitée de partager sa première mission avec l’iconique James Bond. On la pense fragile, naïve, un brin nunuche, peu sûre d’elle, nerveuse, mais contre toute attente, elle se révèle adroite et efficace.
Tout simplement compétente !
Le tandem Bond - Paloma fonctionne à merveille et c’est jouissif pour le spectateur que je suis.
La mission terminée, elle ne s’attarde pas et salue Bond comme un simple collègue de travail, ravie et soulagée d’avoir accomplie sa première mission avec succès.
On ne la reverra plus !
Et c’est grand dommage car quelques séquences plus loin, le récit perd de sa superbe pour ronronner dans une trame plus classique avant de danser le chant du cygne !
Paloma ? J’en redemande et espère la revoir dans d’autres volets en remplacement de Felix Leiter…
puisqu’il est mort.
Suivra Blofeld.
Et suivra Bond ! Oui, James Bond !
Je n’ai douté de rien.
Quel naïf je fais !
Et pourtant, rétroactivement, j’aurais pu m’en douter.
A commencer par le générique : on y voit le mécanisme d’une montre englouti avec la mythique Aston Martin DB5 sous le sable d’un sablier.
Sablier, montre, deux éléments qui comptent le temps.
Le temps pour qui ?
Pour James Bond !
L’Aston Martin DB5 qui disparaît c’est James Bond qui disparaît !
La Jamaïque où James Bond s’est retiré est le premier pays où James Bond s’était rendu pour combattre Dr No.
La boucle serait-elle bouclée ?!
Quand je retrouve M, sous les traits de Ralph Fiennes, il demande à Tanner d’appeler 007. Le plan suivant nous montre que celui-ci ramène du poisson dans sa maison située à la Jamaïque.
Après la visite de Felix Leiter, on est vite renseigné : 007 est une femme !
Oui, 007 est une femme noire.
Est-il besoin de préciser la couleur de peau ?
Sans doute, car rien n’est anodin dans une franchise qui s’évertue à évoluer avec son temps.
Comme le fait que James Bond demande à Paloma de se retourner quand il se change.
Comme Q qui reçoit apparemment un jeune homme à dîner.
Oui, rien n’est anodin dans ce monde #MeToo, minorités invisibles…
La saga préparerait-elle la succession de 007 avec l’actrice Lashana Lynch ?
A en croire Barbara Broccoli, James Bond ne peut pas être une femme.
Ça me paraît évident, James Bond n’est pas une grille indiciaire comme 007, c’est une identité. Une identité masculine.
Il n’y a qu’un James Bond.
Peut-on faire un James Bond sans James Bond ?
Possible dans ces temps où on s’emploie vivement à radier le passé. A sous-estimer les fans de la première heure, à les considérer comme des ringards, des conservateur obtus, réfractaires au futur.
J’ai comme le sentiment que la franchise peut faire avaler n’importe quoi aux spectateurs.
Voilà pourquoi, il n’y aurait rien d’étonnant à faire un James Bond sans James Bond !
J’ose espérer qu’un acteur incarnera James Bond ne serait-ce que pour entendre « My name is Bond, James Bond ».
Et peu importe sa couleur de peau !
Autrement que dire de cette conclusion ?
Il y a tant à dire et rien à dire tant ce dernier volet m’a coupé l’herbe sous les pieds, m’a coupé le sifflet.
Bref, j’en ai le souffle coupé !
Même en le revoyant deux fois (eh oui !), je reste mitigé quant à l’issue de ce James Bond.
Ce n’est pas que James Bond qui est renvoyé à sa propre mortalité, c’est la franchise, la production, qui renvoie le spectateur à la mortalité de Bond.
Comme si le spectateur l’avait oublié.
Quel intérêt ?!
James Bond est sans aucun doute mortel mais la force de cette saga est d’amener le spectateur à oublier sa condition de mortel.
Quel besoin de le rappeler ?!
L’univers bondien est par nature invraisemblable. Le spectateur l’accepte depuis Dr No et c’est ce qui fait le charme de 007. Ce qui ne signifie pas pour autant que le spectateur croit James Bond immortel.
Contrairement aux super héros, le spectateur pense à sa mortalité puisqu’il les envie, il aimerait avoir tel ou tel pouvoir pour éviter de mourir. Et encore ! Il y a toujours une faille chez les super héros (ou les vampires).
Tandis qu’avec James Bond, on n’y pense pas quand on sourit aux nombreuses maladresses des tireurs, quand on s’amuse devant les nombreuses situations extravagantes, quand on s’ébahit devant les nombreuses cascades invraisemblables.
Et cerise sur la gâteau : quand des Girls sont dans sa couche !
De plus, James Bond a plusieurs visages, et pourtant, on ne voit qu’un seul James Bond. Il nous accompagne, il accompagne le spectateur depuis 3 générations au moins.
C’est la mode de faire mourir les héros. Zack Snyder nous tue Superman !
Comme c’est un fantastique, il nous le ressuscite !
Mais quid de James Bond ?
Comment envisager sa résurrection ? Peut-on même l’envisager ?!
Depuis quand les James Bond sont vraisemblables ?
Justement, c’est parce que c’est invraisemblable que ses missions sont vraisemblables !
Les scénaristes peuvent-ils nous pondre un retournement de situation extravagante ?!
Une anfractuosité dans laquelle James Bond se serait introduit pour échapper à la salve de missiles !
Non.
Entendu, il a été infecté par Lyutsifer Safin.
Et alors ?
Si sacrifice il devait y avoir, c’était ne plus approcher Madeleine et sa petite fille aux yeux bleus.
C’était l’occasion pour 007 de s’endurcir.
D’après ce que j’ai lu ici ou là, c’était inéluctable, inéluctable comme la mort : il fallait tuer James Bond.
Daniel Graig avait le désir de tuer James Bond.
Apparemment, c’était logique.
Le James Bond de Daniel Graig avait tous les aspects, tous les contours, tous les composants d’une série.
De « Casino Royale » à « Mourir peut attendre », soit 5 épisodes, ce reboot a trouvé sa logique de fin : la mort de l’espion 007.
Logique par rapport à quoi ?!
Logique pour un James Bond sombre, tourmenté, vulnérable, sensible, meurtri par les coups reçus au visage, aux mains ?
Pas convaincu !
Mais alors, ce reboot de « Casino Royale » à « Mourir peut attendre » où se place-t-il dans la mythologie bondienne ?
Les numéros 21-22-23-24-25ème opus sont nécessairement une bulle, une parenthèse dans la mythologie.
Ces 5 épisodes sont à part même si Sam Mendes s’est évertué à rééquilibrer le reboot en inscrivant « Skyfall » et « 007 Spectre » dans la mythologie.
Avec « Casino Royale » puis « Quantum of solace », le reboot se comportait comme une remise à zéro.
Oui, nécessairement ces 5 épisodes constituent une parenthèse, une expérimentation de la franchise.
Soit il y aura une nouvelle démarche expérimentale, soit la saga reviendra à un James Bond plus classique, elle reprendra là où elle a lâché, c’est-à-dire au 20ème opus.
Les acteurs Ralph Fiennes (M), Naomie Harris (Moneypenny), Ben Whishaw (Q), éventuellement Rory Kinnear (Tanner) pourraient retrouver leur rôle comme si de rien n’était avec un autre historique ;
même Felix Leiter pourrait ressusciter !
On pourra de nouveau évoquer le mariage de Bond avec Tracy.
Par contre, ni Vesper ni Madeleine ne seraient nommées, à moins que…
Je cesse d’extrapoler.
Il n’y a pas d’autres moyens que de patienter. La saga saura toujours s’accommoder.
James Bond est semblable au phénix, il renaitra sans aucun doute de ses cendres.
« James Bond will return » nous assure-t-on.
Je tiens à saluer Léa Seydoux qui, comparé à « 007 Spectre », a vu son rôle plus étoffé.
En tout cas, elle a eu le privilège, en guise de conclusion, de citer la phrase la plus célèbre et la plus attendue de la saga : « His name is Bond, James Bond ».
A voir en V.O si vous voulez...
Mes 5 premiers : "Casino Royale" - "Skyfall" - "Demain ne meurt jamais" - "Permis de tuer" - "Bons baisers de Russie".