Qui est vraiment Woody Allen ? Réalisateur prolifique, il a longtemps incarné les personnages principaux de ses films, des personnages qu'on pourrait présumer qu'ils ne sont que des variations de lui-même. « Stardust Memories » raconte l'histoire d'un réalisateur de comédies qui veut tourner des oeuvres plus sérieuses : le rapport avec la carrière d'Allen semble évident. Dans « Maris et femmes » : Allen joue le rôle d'un homme quittant sa femme (jouée par Mia Farrow) pour une autre bien plus jeune ; sachant qu'à la même époque, il se séparait de Farrow pour vivre avec la fille adoptive de cette dernière, le lien avec sa propre vie paraît irréfutable. Woody Allen martèle depuis des années que ce n'est pas le cas, libre au spectateur de le croire ou pas. Toujours est-il : que nous apprend le réalisateur et documentariste Robert B. Weide à propos d'Allen ?
La réponse est simple : pas grand chose qu'on ne sache déjà. « Woody Allen : A documentary » s'avère être une simple illustration de la page Wikipedia du concerné : elle en suit en tout cas le développement linéaire. La vie dans les années 40, les débuts comme gagman, humoriste, scénariste, l'échec de « What's up, pussycat ? », les premières comédies loufoques, « Annie Hall », les films plus sérieux des années 80, etc. Le néophyte apprend l'essentiel de la biographie d'Allen en moins de deux heures tandis que le fan s'amuse à reconnaître des extraits de tel ou tel film. Sans grande surprise, le documentaire se regarde cependant agréablement, grâce à des archives déterrées par Weide (un fou rire d'Allen et Diane Keaton sur le tournage de « Sleeper ») ou des faits moins connus (le travail avec Gordon Willis, le chef-op du « Parrain », engagé sur « Annie Hall »). Malgré tout, on a l'impression d'assister à une hagiographie filmée : les différents interviewés nous dressent un portrait idéalisé d'Allen. On les comprend, ils lui doivent beaucoup : qu'aurait été la carrière de Keaton sans sa collaboration fructueuse avec Allen dans les années 70 ? Larry David aurait-il connu le succès avec les séries « Seinfeld » et « Curb your enthusiasm » s'il n'avait pas été influencé par Allen ? Quand Weide aborde les sujets qui fâchent, il le fait brièvement : l'affaire Soon-Yi est effleurée (tout a déjà été tellement dit à ce sujet, à quoi bon même en parler ?) et les mauvais films du début des années 2000 sont excusés (on insiste sur la claque « Match Point » qui a effacé les précédents flops). Les acteurs sont tous ravis, Sean Penn et Scarlett Johansson s'expriment devant la caméra de Weide comme s'ils étaient en conférence de presse, et seul les confidences de Josh Brolin, mal à l'aise sur le plateau du médiocre « Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu », nous éclairent vraiment sur la méthode de travail d'Allen avec les acteurs. Les images sont dignes d'un making-of, et comme il n'en existe pour aucun de ses films, on ne peut qu'être surpris de voir Allen déambuler devant Naomi Watts pendant les prises.
Malgré le plaisir certain de retrouver Woody et l'intérêt indéniable de certaines séquences de ce documentaire, on peut néanmoins se poser la question de la pertinence de sa sortie en salles en France. Documentaire en deux parties pour HBO, il a été raccourci pour les cinémas français. Il serait intéressant de savoir ce qui a été enlevé : quitte à adopter un ordre chronologique, pourquoi effleurer certains des meilleurs films (« Hannah et ses soeurs », « Harry dans tous ses états ») et en ignorer totalement d'autres (« Radio Days », « Tout le monde dit ''I love you'' »). On a certes affaire à un bon documentaire télé, (trop) appliqué, mais dont la sortie française n'a guère d'autre raison que la côte d'amour incomparable dont jouit Allen dans l'hexagone et le succès inattendu de « Minuit à Paris » l'année dernière. Biographie respectueuse et publicitaire, ce documentaire en dit moins sur la vision de Woody Allen sur monde et sur le cinéma qu'un autre documentaire, tourné en vidéo en 1986 par Jean-Luc Godard : « Meetin' WA ». Allen n'y paraissait par particulièrement à l'aise, mais le fond était passionnant. Le titre du film de JLG souligne clairement ce qui manque à celui de Weide : une vraie rencontre avec le cinéaste.