Depuis quelques années, Quentin Dupieux est érigé par les ayatollahs de la critique cinéma française comme le roi du non-sens, l’empereur de la comédie étrange, du Lynch à la française (on oublie vite Michel Gondry)…
Après Steak & Rubber, voici Wrong, véritable ode au non-sens, à l’étrangeté exacerbée et à l’inventivité remarquable. Partant d’un synopsis plutôt simpliste, le film nous emmène loin de tout territoire connu, sans pourtant tenter de choquer son spectateur. En effet, on prend place dans le monde de Dupieux sans jamais vraiment prendre une claque dans la tronche, mais plutôt en douceur, avec des trouvailles vraiment fabuleuses, comme ce “7h60“ ou la pluie qui tombe dans les bureaux, le but du jeu n’étant pas de théoriser mais de plonger la tête la première. Les acteurs sont excellents, Jack Plotnick, William Fichtner et Eric Judor en tête, avec quelques apparitions très réjouissantes de Mark Burnham.
Cependant, le film n’est pas exempt de tout défaut. En effet, si l’histoire de Dolph est géniale, on ne peut pas en dire autant de celle de Victor, un peu brouillonne et pas passionnante. De plus, on déplore quand même quelques baisses de rythme au milieu du film assez ennuyeuses pour l’immersion. L’immersion, d’ailleurs, doit aussi très peu à une musique qui ne va pas du tout avec le film, excepté la dernière. Où on aurait aimé une musique inquiétante à la Angelo Badalamenti, on se retrouve avec une soupe pour bobos trentenaires parisiens. Cependant, on peut sauver cette espèce de jingle grave de la première demi-heure, qui salue chaque étrangeté du film, dont la scène d’ouverture, absolument fantastique, une des meilleures scènes de l’année.
Wrong est un voyage enchanteur dans l’un des esprits les plus dérangés du cinéma français, celui de Quentin Dupieux. Des idées de cinéma, il en a. Ne lui manque plus que des fondamentaux de mise en scène.