En 1973 au pays basque espagnol, Txema, un jeune chef d'entreprise, accepte d'héberger deux militants de l'ETA chargés d'abattre un traître. Quand il est arrêté par la police, un inspecteur lui propose d'infiltrer l'organisation terroriste. Acculé par ses ennuis financiers, menacé de prison, il accepte. Patiemment, il parvient à approcher les dirigeants de la fraction la plus dure de l'ETA. Grâce à ses indications, plus de cent-cinquante d'entre eux sont arrêtés. Mais les services secrets fixent une nouvelle mission à Txema - dont le nom de code devient «El Lobo» : faire tomber Nelson, le responsable de la branche militaire de l'organisation.
Tiré d'une histoire vraie, ce film a obtenu plusieurs Goyas, les Cesars du cinéma espagnol. Il a été diffusé il y a quelques mois sur Canal +. Est-ce le fait de l'avoir vu sur petit écran, ou une certaine paresse de la réalisation qui me donne l'impression de parler d'un téléfilm ? L'histoire est intéressante, comme toutes celles portant sur l'infiltration d'une organisation terroriste, avec les dangers menaçant de toutes parts (identifié par les services secrets, "El Lobo" est inconnu de la police et manque plusieurs fois de se faire abattre par elle), et les cas de conscience agravés par la relation qu'il entretient avec une activiste de l'ETA, jouée par Mélanie Doutey.
La reconstitution est soignée, et moi qui me souviens avoir entendu 200 000 basques scander "ETA, ETA, mas metralletas" dans une manifestation antinucléaire à Bilbao à la fin des années 70, je reconnais que la sympathie dont l'organisation indépendantiste bénéficiait dans la population est bien restituée. Même réalisme dans la représentation de l'appareil policier du franquisme moribond, qui utilise des méthodes qui le placent au même niveau que ses adversaires, avec cette médiocrité petite-bourgeoise qui était la marque de fabrique de la dictature du caudillo.
Eduardo Noriega a un jeu assez sobre, ce qui correspond bien à ce personnage pris entre le marteau et l'enclume. Patrick Bruel campe un Nelson très crédible, mettant son charme au service de ce personnage de leader impitoyable mais charismatique. Malheureusement, la réalisation reste assez plate, et la volonté de suivre au plus près l'histoire réelle amène à un manque d'originalité dans le traitement narratif. Un peu longuet et manquant de relief, "El Lobo" semble en définitive mieux adapté au petit écran qu'aux salles obscures.
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