Ce film a été présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.
L'idée de Notre salut est née quand une tante d'Emmanuel Marre lui a transmis les lettres de ses arrière-grands-parents. Il y a découvert que son aïeul avait réellement servi le régime de Vichy et rédigé le traité Notre salut. Loin du biopic traditionnel, le film s'inspire librement de cette correspondance pour explorer les engrenages de la banalité du mal. Le réalisateur se rappelle :
"Mon aïeul a confondu son sort personnel avec celui du pays. Il a vu dans le régime de Vichy, après la défaite, un moyen de « redresser » quelque chose, à l’échelle de la France mais aussi en lui-même. Il vient à Vichy pour chercher du travail, espérant avoir une place à la hauteur des talents qu’il estimait avoir. La sensation de la guerre vue au quotidien, avec des ellipses, des trous de plusieurs mois, m’a fasciné dans cette correspondance."
Bien que situé sous l'Occupation, le film prolonge la réflexion de Rien à foutre (2021) sur le monde du travail et le management. Emmanuel Marre a réutilisé des dispositifs similaires, comme cette scène où des employés doivent hurler un slogan pro-Pétain. Le cinéaste interroge ici les systèmes d'oppression du point de vue de ceux qui choisissent d'y participer et finissent par s'y perdre.
Pour donner corps aux rouages de l'administration, le réalisateur a mélangé acteurs professionnels et non-professionnels. Les collègues d'Henri sont joués par de véritables énarques et patrons de PME afin d'éviter les clichés sur les « petits hommes gris ». Utilisant l'improvisation, ces hauts fonctionnaires ont apporté leur propre jargon, intégrant eux-mêmes au débat la distinction entre « coopération » et « collaboration ».
Choisi après une journée d'improvisation en costume, Swann Arlaud incarne un homme ordinaire happé par un système qui le dépasse. Sa prestation s'inspire du travail de Jean-Louis Trintignant dans Le Conformiste (1970), mais à l'inverse de ce dernier, Henri est un homme banal qui rêve d'un destin d'exception. L'acteur a accepté un jeu sobre et sans scène de bravoure pour se fondre dans le récit.
Afin d'éviter le piège de la reconstitution historique trop léchée, le film a été tourné en lumière naturelle avec une caméra Bolex digitale. Ce procédé recrée fidèlement la texture et le grain du 16mm d'époque. Pour accentuer le réalisme visuel, un flash était parfois installé au-dessus de l'objectif, imitant la prise de vue brute des équipes d'actualités des années 1940.
Le tournage s'est déroulé intégralement dans des décors naturels, notamment au Palais des Congrès de Vichy et à la Maison du Peuple de Limoges, où siégeait réellement le Commissariat à la Lutte Contre le Chômage. Pour ce bâtiment Art Déco, l'équipe a reconstitué une fresque d'époque. Une réalisation tellement fidèle que les occupants actuels des lieux ont décidé de la conserver sur leurs murs.
La bande originale tranche avec les codes du film d'époque en intégrant des morceaux électroniques et rétro comme Popcorn ou Live is Life. Emmanuel Marre voulait insuffler de la vitalité au récit pour garder une sensation d'immédiateté. Ainsi, lors de la scène du bal, les comédiens exécutent une chorégraphie d'époque archivée par l'INA, mais au son d'une musique pop moderne.