Certaines scènes de Les filles du Nil n'ont pu être filmées que parce qu'une grande confiance s'était installée entre le couple de réalisateurs, Ayman El Amir et Nada Riyadh, et son petit groupe de comédiennes de rue mais aussi leurs proches, y compris les parents ou fiancés. Une complicité due à la longueur du tournage, 4 ans, sur un sujet peu évident au départ, à savoir le désir de rébellion et d'émancipation d'adolescentes que l'on suit non seulement dans leurs répétitions et leurs performances, mais aussi dans leur vie privée, au moment de choix cruciaux pour leur avenir, avec une forte pression sociale : mariage ou non, poursuite ou non de spectacles décapants dans une petite ville de la Moyenne-Égypte, au sein d'une communauté copte très conservatrice et marquée par la religion. Le film réussit à nous donner la notion du temps qui passe avec fluidité et s'il s'agit clairement d'une œuvre féministe, c'est sans volonté forcée de démonstration et en analysant finement les voies du patriarcat, sans condamner aveuglément et uniquement les hommes. L'évolution des mentalités prendra tu temps, là-bas comme ailleurs, mais le cas de ces Filles du Nil, s'il reste exceptionnel, pourrait constituer un motif d'espoir pour l'avenir. En espérant que le film sorte en Égypte, ce qui, au moment où ces lignes sont écrites, n'est pas encore assuré, loin de là.