Avec « Les filles du Nil » les réalisateurs Ayman El Amir et Nada Riyadh signent un film d'une rare puissance et d'une grande humanité sur le combat d'une troupe de théâtre de rue qui lutte pour sa survie. Ce film est présenté comme un documentaire et il a d’ailleurs reçu, au dernier festival de Cannes, l’Œil d’or, qui distingue chaque année un documentaire présenté dans les sélections officielles du Festival.
Un documentaire largement scénarisé puisque le tournage a duré quatre ans plus deux ans de préparation dans le village d’El Barsha, un village du sud de l’Egypte, pauvre comme beaucoup mais en territoire copte (donc chrétien) , ce qui laisse une très relative liberté aux jeunes filles, notamment sur le plan vestimentaire...
Le film nous entraîne, sur les traces d’une demi-douzaine de jeunes filles qui se rebellent en formant une troupe de théâtre de rue. Rêvant de devenir comédiennes, danseuses ou chanteuses, elles tentent de trouver leur place, défiant leurs familles et les traditions patriarcales de leur pays. Elles parcourent les rues du village en chantant des textes engagés, interpelle sans fard les villageois médusés sur le choix d’un amoureux, de harcèlement incessant, du simple droit de porter une robe...Les spectateurs hommes ricanent ou encaissent, ne sachant pas sur quel pied danser. Madja, la meneuse, rêve d’étudier le théâtre au Caire, malgré les sarcasmes de son frère...Monika veut percer dans la chanson, mais son fiancé lui promet un avenir tout tracé de femme au foyer...Haidi aimerait danser mais tombe sur la coupe d’un promis brutal qui l’isole de la bande...
Un film à la fois simple et lumineux, un film presque « mine de rien », renversant bien des aprioris, émouvant, drôle, attachant, qui nous donne à voir dans sa complexité le combat qu’elles mènent pour conquérir leur liberté et les remous que provoquent ce combat autour d’elles.